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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 23:15

 

 

                                                           

                                             L'enfant et la nuit,

Olivier Balazuc (texte et mise en scène), Emmanuel Polanco (illustrations), Franck Villard (musique), Maîtrise de la Perverie de Nantes (chœur d’enfants), Gallimard jeunesse, Hors série Giboulées, janvier 2012, 64 pages, 52 min 29 sec.

 

 

 

 

Ce « conte lyrique », très original, s’adresse à des enfants à partir de 8-9 ans, sans limitation d’âge.

L’œuvre est une commande de l’académie musicale de Villecroze (2008) pour sensibiliser le jeune public à l’art lyrique. Elle a été créée en octobre 2010 au théâtre de Vevey (Suisse), puis en France en janvier 2012. L’auteur, Olivier Balazuc, est à la fois écrivain, metteur en scène et comédien.

 

 

Le livret

Il s’agit d’un conte fantastique à portée initiatique. Il se compose de 7 scènes (chiffre symbolique) et 4 tableaux. Deux enfants, dont la mère est gravement malade, se préparent à dormir. La peur du noir qui s’est installé dans la chambre depuis la maladie de leur mère étreint la petite fille. Son frère Virgile (au nom significatif), lui promet de ramener le jour et sa mère. Il plonge dans les ténèbres.

Il rencontre la cruelle reine de la nuit, Noctilia. Cette ancienne cantatrice qui veut être la plus belle proscrit le rire, créateur de rides. Elle est assistée par le savant Evariste qui rêve de former avec elle un couple mythique. Tous deux traquent les enfants en détresse pour leur arracher les larmes qui composent un élixir de beauté. Mais Virgile oppose à Noctilia la beauté souriante de sa mère. S’il la suit dans son palais de glace, il résiste à toutes les intimidations : sanglots des enfants prisonniers, torture d’un enfant à qui elle arrache les yeux.

La reine l’emmène alors dans le pavillon de chasse de Mister W, « serviteur du grand Capital », « prédateur » de « merveilles, elfes, lutins et fées… ». Loin d’être désespéré, Virgile lui montre tous les êtres rêvés qu’il n’a pu trouver : « le nimbus cagoulophore / Et l’écrapouilleur de moufles / Le traversin constrictor / Et le mygaloptère à pantoufles… ». Vaincu, Mister W se couche aux pieds de Virgile.

Noctilia obtient de l’enfant qu’il assiste jusqu’au bout  à un spectacle donné dans un cirque noir. En présence de la reine et du savant, le clown sinistre, Yorick (nom shakespearien), est contraint de jouer la scène de son suicide par pendaison. Mais Virgile éclate de rire, entraînant avec lui tous les enfants, puis Evariste et enfin Noctilia dont les traits se décomposent. Toutes les créatures merveilleuses sorties du sac de Mister W surgissent et encerclent une Noctilia méconnaissable que fuit Evariste. Tous deux plongent dans le sac du chasseur.

A la lueur de l’aube, Virgile quitte les enfants, Yorick et le chasseur. Désormais ils sauront célébrer la vie et rire. Le jeune garçon qui a mûri peut réveiller sa petite sœur : tous deux voient arriver leur mère.

 

Ce conte confronte à la maladie et à la mort, y compris par suicide. Il peut faire peur et exige des capacités de concentration et de compréhension pour saisir la richesse verbale de l’écriture poétique  et suivre les différentes péripéties de ce qui se révèle être les terreurs nocturnes de la fillette. Mais l’effroi est contrebalancé le caractère comique des dialogues entre Noctilia et Evariste (« Au diable l’Evariste ») ou entre Virgile et Mister W. Et la leçon est résolument optimiste. Virgile franchit victorieusement les trois étapes rituelles de l’initiation, face au couple diabolique, à Mister W et à Yorick, progressant ainsi vers l’âge adulte. La joie, le don de soi, l’amour et l’imagination créatrice triomphent de la cruauté d’une science asservie à la soif de pouvoir personnel, de gloire et d’argent. Le rire triomphe de la peur.

Les enfants d’une dizaine d’années ou plus peuvent être spontanément sensibles ou initiés aux nombreuses références textuelles qu’elles soient explicites ou non : Blanche-Neige (Perrault ou Grimm), Hamlet (Shakespeare), La flûte enchantée (Mozart), Frankenstein (Mary Shelley, La Divine comédie (Dante), Parsifal (Wagner), La môme néant (Tardieu)… 

 

 

L’album

Il peut décevoir car on pourrait s’attendre à un album sur papier glacé aussi somptueux et varié que la musique. C’est en fait sur papier mat le livret de cette pièce de théâtre lyrique dont la première page dresse la liste des personnages et des lieux accompagnés de leur ombre chinoise. Il permet de bien  comprendre quels sont les personnages en présence et de suivre les dialogues ciselés. Les parties chantées en italique se distinguent bien des parties parlées. Quant aux didascalies, elles sont en majuscules.

Les illustrations en noir et blanc avec quelques détails colorés sont en adéquation tant avec le caractère théâtral qu’avec le thème principal. Chaque scène s’ouvre sur une double page qui plante le décor : la chambre des enfants plongée dans l’obscurité, dont les objets ne se laissent deviner que grâce au rai de lumière jaune filtrant sous la porte, le sombre pavillon de chasse avec tous ses trophées, la prison tranchante du palais de glace, le cirque noir, jusqu’au retour dans la chambre inondée de lumière.

Des illustrations en pleine page ou plus restreintes campent les personnages et leur costume (Noctilia en noir avec de longs gants rouges, la chevelure hérissée), ou saisissent des postures très théâtrales croquées d’un trait d’encre vigoureux ou dans un théâtre d’ombres. Quelques gros plans mettent en évidence les objets essentiels, telle la fiole de l’élixir, ou les yeux arrachés à un enfant. Le dessin au trait qui fait penser à la BD souligne l’aspect parodique du livret, plus sensible dans les parties parlées qui établissent un contrepoint avec la partition musicale plus effrayante. Les animaux extraordinaires imaginés par Virgile sont dessinés avec une minutie réjouissante inspirée des anciens bestiaires.

 

 

Le CD

C’est une vraie réussite.

Deux réserves. D’une part des différences de volume rendent difficile une écoute suivie, les paroles de certains passages étant plus difficilement audibles. D’autre part, aucun sommaire n’établit la correspondance entre plages et scènes, et aucun signe au fil du texte ne mentionne le changement de plage. Cela ne facilite pas l’écoute intégrale et surtout l’écoute fragmentée qui est souhaitable pour une véritable  appropriation.

Plage 1 : scène I ;

Plages 2 et 3 : scène II ;

Plages 4 à 7 : scène III ;

Plages 8 à 10 : scène IV ;

Plages 11 à 13 : scène V ;

Plages 14 et 15 : scène VI ;

Plage 16 : scène VII.

 

Ce « conte lyrique » fait alterner chants, dialogue et « sprechgesang »,  parlé-chanté à mi-chemin entre la déclamation parlée et le chant, un apport capital à la musique contemporaine illustré notamment par Schönberg.

Sept solistes interprètent les personnages : la soprano Sandrine Sutter interprète Noctilia et la mère, le baryton Franck Leguérinel Evariste, le ténor Richard  Rittelmann Mister W, le comédien et circassien Basile Dragon Yorick, Jonas Morin Virgile. Quatre instrumentistes les accompagnent au piano et aux percussions. Cinquante élèves de la Maîtrise de la Perveriede Nantes, âgés de dix à treize ans, composent le chœur d’enfants.

L’interprétation traduit parfaitement les nuances de la partition qui joue à la fois avec les ruptures et les résurgences des thèmes liés aux personnages ou aux atmosphères, revenant comme des leitmotiv faciles à retenir (par exemple le lamento du chœur : « Je veux des larmes »). Percussions cinglantes, piano lugubre, trilles menaçantes de Noctilia, airs de tango, de valse… : cette riche palette offre l’occasion d’une bonne initiation à la musique moderne.

Les références musicales, revendiquées par Franck Villard, sont diverses : Puccini, Massenet, Messiaen, Poulenc, Ravel, Kurt Weill …

 

 

Bilan

Cet « opéra pour enfants sur la mort » est présenté par Franck Villard « comme un viatique pour les enfants face au monde désenchanté des adultes ». C’est un spectacle total, riche de multiples résonances mythiques et symboliques, littéraires et musicales, exigeant mais accessible, surtout si un accompagnement est proposé. Ce peut être dans le cadre familial ou au collège et même au lycée. L’ouvrage se prête en effet à une exploration disciplinaire ou pluridisciplinaire 

 

Ce peut être un coup de cœur.

 

 

Liens

- Présentation de l’éditeur : http://www.gallimard-jeunesse.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Hors-Serie-Giboulees/L-Enfant-et-la-Nuit

- Présentation de toutelaculture.com : http://toutelaculture.com/2010/11/l%E2%80%99enfant-et-la-nuit-de-franck-villard-et-olivier-balazuc-un-merveilleux-conte-lyrique-pour-enfants/

- Présentation de Paperblog (avec vidéo sur le spectacle) : http://talent.paperblog.fr/5276391/l-enfant-et-la-nuit/

- Présentation de la cause littéraire : http://www.lacauselitteraire.fr/l-enfant-et-la-nuit-olivier-balazuc-et-emmanuel-polanco

- Présentation de La Croix : http://www.la-croix.com/Culture-Loisirs/Culture/Actualite/L-Enfant-et-la-Nuit-un-opera-lumineux-_NG_-2012-01-30-763753

- Présentation de Angers Mag : http://www.angersmag.info/L-enfant-et-la-nuit-Un-conte-pour-initier-les-enfants-a-l-art-lyrique_a4204.html

- La création au théâtre de Vevey : http://toutelaculture.com/2010/10/creation-mondiale-de-l%E2%80%99enfant-et-la-nuit-au-theatre-de-vevey/

- Interview d’Olivier Balazuc : http://vimeo.com/13797957 

- Vidéos : http://videos.tf1.fr/infos/2012/l-enfant-et-la-nuit-un-delicieux-comte-lyrique-chante-par-des-ecoliers-6969016.html 

 

 


 

 

Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu’livre – Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.


http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique196

 

 

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commentaires

chloe 22/06/2016 14:49

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