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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 00:24

 

 

 

                                                 

Charles Trenet pour les enfants,

 

Jacques Haurogné, Le grand orchestre du Splendid, édition des Braques, 36 pages, 36'20’’


 

 

 


 

Cet album CD permet une bonne initiation à la musique de Charles Trenet, si l’on accepte bien sûr le principe des reprises. Il vient compléter la biographie des éditions Gallimard Jeunesse Musique. Jacques Haurogné se présente comme l’héritier désigné par Trenet lui-même, et de fait, son interprétation donne tout son poids à la richesse des textes de même que les orchestrations du Grand orchestre du Splendid en soulignent la richesse musicale : Jacques Haurogné reste lui-même (voir Ménagerimes ou L’arbre à musique) mais il n'en est pas moins fidèle à l’esprit du créateur. En outre le choix proposé de 12 chansons est bien adapté à de jeunes auditeurs : outre les titres fondamentaux - Le soleil a rendez-vous avec la lune, Il pleut dans ma chambre, Débit de l'eau débit de lait, Un rien me fait chanter, Le jardin extraordinaire, Je chante, La vie qui va, Y'a de la joie  -, on trouve ces titres moins connus : Le serpent python, Kangourou, Le bon roi Dagobert, Vous oubliez votre cheval.

 

 

L’album propose le texte intégral des chansons, excepté Kangourou  (ce que les éditions Gallimard n’offrent pas), dont on peut ainsi apprécier la qualité d’écriture, la poésie et l’humour. 2 pages rappellent les grandes lignes de la vie du Fou chantant. Les deux dernières pages enfin expliquent comment créer une chanson à la manière de Trenet (La fabrique à chansons).

Les illustrations de Marie Dorléans sont peut-être moins séduisantes que le CD mais elles se marient bien avec la fantaisie des chansons, le mélange de rêve et de réalité. Elles sont très aérées : dessins objets et personnages colorés dansent dans la page blanche. Elles font quelque peu penser aux dessins de Sempé. Chacune d’elle contient le chapeau emblématique de Trenet.

 

Liens

- Présentation de l’éditeur (accès à des extraits) : http://www.leseditionsdesbraques.com/livres/charles-trenet-pour-les-enfants-un-jardin-extraordinaire 

- Entretien avec Jacques Haurogné : http://www.journal-laterrasse.fr/focus/jacques-haurogne-chante-trenet/

- Site de Jacques Haurogné : www.jacqueshaurogne.com

- Site du Grand Orchestre du Splendid : http://www.splendid.fr/

- Présentation de Charles Trenet, Gallimard jeunesse, Découverte des musiciens : http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?article6060&var_recherche=Trenet

- Ecouter Trenet : sur You Tube http://www.youtube.com/playlist?list=PL65890EC120A52C12 ; sur Deezer http://www.deezer.com/artist/5857

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 00:14

                                                 

La collection Grands Maîtres aux éditions Ad Libris

 

 

 

 

 

Il s’agit d’offrir un résumé assez conséquent de pièces de théâtre classiques et de proposer des illustrations pleine page dans des albums grand format. Ce résumé est fidèle : il permet d’entendre des éléments du dialogue original. Le CD est un complément indispensable dans lequel le comédien Alain Carré donne vie à l’intrigue et aux différents personnages.

La dernière page de l’album présente rapidement l’auteur, l’œuvre, le comédien et l’illustrateur.

 

On peut légitimement s’interroger sur le bien-fondé d’une telle démarche. Résumer une pièce, n’est-ce pas, en soi, en trahir l’essence à la fois parce que le théâtre est par définition spectacle d’un jeu fondé sur le dialogue (même si les illustrations offrent un support visuel) ? Et la mise en œuvre particulière de ce projet peut-elle donner envie aux jeunes lecteurs de lire la pièce intégrale et surtout d’aller la voir au théâtre ?

 

Les résumés proposés exigent une attention soutenue et privent le destinataire de l’impact direct du dialogue (qu’il recherche souvent, même dans les romans), même si certains dialogues sont repris, et ce d’autant plus que Alain Carré interprète seul les différents personnages, sur un rythme très soutenu qui efface même le passage d’une plage à l’autre. Rien qui corresponde aux silences que les mouvements, les jeux de scène ménagent lorsqu’on assiste à une pièce de théâtre, aucun bruitage, aucun intermède musical.

Paradoxalement la mise en page de l’album ne facilite absolument pas la lecture puisque le texte forme un tout dans lequel disparaît le découpage en actes et en scènes.

 

Malgré ces réserves, l’entreprise est originale et mérite l’attention.

 

 

                                                 

Le songe d'une nuit d'été,

 

d’après Shakespeare, Alain Carré (audio), Almud Kunert (illustrations), éditions Ad Libris, collection Grands Maîtres, 2010.


 

 

 

 

Le choix de ce grand classique de Shakespeare écrit à la fin du XVIe siècle est ambitieux. La pièce (découpée après sa création en 5 actes) est particulièrement complexe, puisque s’y croisent et s’y emboîtent plusieurs intrigues qui ont lieu à Athènes, au moment du solstice d’été.

La première intrigue met en scène les amours contrariées de quatre jeunes gens : Hermia aime Lysandre mais son père, Egée, veut la contraindre à épouser Démétrius et pour ce faire réclame l’arbitrage du duc Thésée. Héléna, amie d’Hermia, aime Démétrius, mais celui-ci aime Hermia. Pour échapper à l’ultimatum du roi, Lysandre et Hermia se donnent rendez-vous dans la forêt, poursuivis par Démétrius, lui-même poursuivi par Héléna.

La deuxième intrigue met en scène sur le mode burlesque six artisans qui veulent monter pour les noces de Thésée et d’Hippolyte une pièce : les amours tragiques de Pyrame et Thisbé. Ils se donnent aussi rendez-vous dans la forêt.

La troisième intrigue représente le différend entre Titania, la reine des fées, et Obéron, le roi des elfes, qui se disputent les services d’un jeune page. Pour châtier Titania, Obéron demande au lutin Puck d’aller chercher une fleur magique dont le suc versé sur les paupières d’une personne endormie rend amoureux du premier être aperçu au réveil. Comme en outre il a entendu les querelles des quatre jeunes Athéniens, il veut également utiliser les pouvoirs de la fleur sur Démétrius.

A partir de là tout se dérègle : Lysandre reçoit le suc et tombe amoureux d’Héléna, Titania tombe amoureuse de l’artisan Bottom affublé par Puck d’une tête d’âne. Il faut qu’Obéron répare les erreurs de Puck : tous les couples peuvent ainsi être formés, Lysandre et Hermia, Démétrius et Héléna, Titania et Obéron. Tous assistent dans le dernier acte à la représentation burlesque de Pyrame et Thisbé donnée par les artisans.

 

Le nombre élevé des personnages aux relations compliquées risque de décourager le jeune lecteur-auditeur. Il vaut probablement mieux commencer par l’écoute du CD, et même en ce cas, il semble préférable qu’un adulte prépare cette écoute. La mise en place des intrigues peut être ressentie comme trop lente. C’est à partir du moment où les dialogues entre les personnages deviennent plus nombreux, où les artisans font entendre le décalage des styles et où le rythme s’accélère progressivement que l’on peut espérer que les destinataires seront vraiment « embarqués » dans la folle magie de cette nuit d’été. Il est regrettable que l’absence de repères dans l’album, de signalement du changement de plages par un symbole dans l’album et une véritable pause dans le CD ne facilite pas la découverte, sauf si l’adulte passeur, s’appuyant sur une bonne connaissance de l’œuvre, fragmente l’écoute et guide la lecture du passage correspondant. Quoi qu’il en soit, une véritable appropriation demande du temps.

 

Les illustrations ne sont pas très séduisantes au premier abord mais méritent d’être regardées attentivement. Elles jouent sur différentes nuances de vert, ce qui n’est pas anormal pour une pièce qui se déroule essentiellement dans la forêt, mais il faut dépasser la première impression d’uniformité. Les illustrations pleine page se prolongent sur la page de texte ; cela apporte une certaine variété et rend plus acceptable la densité du texte. Les personnages très petits sont présentés comme des marionnettes, ce qui rend bien la tonalité de ce monde féérique dans lesquels s’agitent les fils de l’amour aveugle. Nombre de petits détails soulignent la dimension comique de la pièce.

Ces illustrations sont en accord avec les choix d’Alain Carré qui accorde plus de place aux effets comiques qu’aux subtilités du sentiment amoureux et aux fantasmes du songe.

 

On peut donc proposer cet album CD à des lecteurs d’une douzaine d’années ou plus (et même à des adultes), mais mieux vaut accompagner la prise en mains.

Au collège ou au lycée, l’ouvrage peut permettre d’introduire l’étude du texte intégral, de préparer une sortie au théâtre. Ce peut être à l’inverse un complément à l’étude de la pièce, dans le cadre d’une approche des adaptations multiples qui en ont été faites, notamment en interdisciplinarité. Ce peut être l’occasion de poser le problème des réécritures.

 

L’ouvrage est à la fois exigeant et intéressant quand on accepte de prendre le temps de l’explorer.

 

 

Liens

- Extraits de l’album :http://www.adlibriseditions.com/flipbook-extrait-le-songe-dune-nuit-dete-dapres-william-shakespeare/#Page15-Page16
- Accès à un extrait audio : http://www.adlibriseditions.com/catalogue/collection-grands-maitres/le-songe-dune-nuit-dete/

- Présentation de la pièce de Shakespeare sur Wikipédia :

fr.wikipedia.org/wiki/Le_Songe_d'une_nuit_d'été

 

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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 21:44

 

                                                       Le vieil homme et la perle,

Florence Noiville, Philippe Dumas (illustrateur), Frédéric Van Den Driessche (récitant), Louis de Segonzac (musique), Gallimard jeunesse, collection Hors-série Musique, 2013, 32 pages, 35 min.

 

 

 

 

Il s’agit d’un conte de Noël urbain moderne, au charme délicatement désuet. Toutes les composantes sont en harmonie.

 

L’histoire, inspirée d’un fait divers de 2009 adaptée en conte de Noël (comme le précise la dernière page), est découpée en trois actes. Le premier présente les modestes plaisirs quotidiens de Lucien, un vieil homme pauvre qui habite à Paris le quartier de la rue Mouffetard – la Mouff’. Chaque jour il vient s’asseoir sur la place de la Contrescarpe, observant tout, et guettant le passage de Madeleine lorsqu’elle revient de la messe. Lucien était un chanteur « assez distingué », mais la perte brutale de sa voix lui a tout fait perdre, travail et famille. Il a appris à aimer sa solitude, mais il se sent accompagné par un double dont la Voix sacarstique commente son amour naissant pour Madeleine et brise ses élans. Le soir de Noël le voit s’attarder, exceptionnellement morose.
L’acte II commence quand il contemple la vitrine d’un petit restaurant et passe outre les remontrances de la Voix : il entre déguster trois huîtres. C’est alors que se produit l’extraordinaire : la découverte d’une perle dans la dernière huître. Tous célèbrent l’événement mais deux bandits s’enfuient avec la perle, et Lucien les poursuit en vain. Alors qu’il a rejoint son banc de la Contrescarpe, la Voix surgit et lui rapporte la perle, récupérée grâce à un croc-en-jambe aux voleurs, « pour le plaisir d’étendre la jambe ». A ce moment, tout bascule dans la tête de Lucien.

L’acte III est celui de l’audace – audace réelle ou audace rêvée au moment de sa mort ? Lucien rentre s’habiller pour aller sonner chez Madeleine. Il repousse définitivement la Voix, retrouvant par la même la sienne. Madeleine et Lucien peuvent s’avouer leur amour, le chanter. Ultime miracle de Noël, ils s’envolent tels les mariés de la Tour Eiffel de Chagall.

La morale de ce conte est contenue dans le dernier chant de Lucien : au lieu de se refermer comme une huître, il faut avoir confiance en soi, lever ses inhibitions et révéler sa perle intérieure.

 

Le conte, accessible dès 5-6 ans, peut aussi séduire des enfants plus grands (et même des adultes). L’écriture humoristique est de qualité. Le texte joue avec plusieurs références, outre la comparaison avec les mariés de la Tour Eiffel de Chagall. Il donne à voir la vie du quartier de la Mouff’ en s’inspirant des photos et des romans du milieu du XXe siècle plutôt que de 2009, époque du fait divers. La Voix - voix de la conscience, voix de la raison, déclinaison sur le mode mineur du double romantique, se moque de l’amour de Lucien pour Madeleine : il est le « vermisseau amoureux d’une étoile », de même que Ruy Blas se décrivait comme un « ver de terre amoureux d’une étoile », la Reine. La découverte de la perle le soir de Noël fait penser à la fois à Dickens et à Steinbeck, mais sur un mode léger, qui fait passer au second plan la référence implicite au conte d’Andersen, La petite fille aux allumettes.

 

Les illustrations de Philippe Dumas traduisent bien l’humour délicat du conte et les caractéristiques du vieux quartier. On pense aux tableaux d’Utrillo. Les teintes sont douces, les traits comme crayonnés, donnant une impression de flou. Les illustrations pleine page se prolongent pour former un cadre autour du texte. La mise en page du texte est très classique et lisible. Les paroles de la Voix se détachent en caractère gras.

 

Le CD complète parfaitement l’album. La voix grave et la diction expressive de Frédéric Van Den Driessche donnent vie au combat de Lucien avec la Voix. Les intermèdes musicaux, de facture classique, de Louis de Segonzac correspondent bien à la tonalité des différents épisodes. Ils nourrissent le suspense sans être trop longs.

 

 

Cet album CD très réussi peut donc être écouté par toute la famille. Les références multiples se prêtent aussi à une exploration disciplinaire ou interdisciplinaire en classe.

 

 

Liens

- Présentation de l’éditeur : http://www.gallimard-jeunesse.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Hors-Serie-Musique/Le-vieil-homme-et-la-perle
- Présentation sur lireaujourlejour : http://lireaujourlejour.wordpress.com/2013/10/22/le-vieil-homme-et-la-perle-florence-noiville-et-philippe-dumas/

- Site de Florence Noiville : http://www.noiville.com/ 

- Présentation de l’illustrateur Philippe Dumas : http://www.ricochet-jeunes.org/auteurs/initiale/D/auteur/725-philippe-dumas


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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 23:10

 

 

                                                           

                  La plume des Andes. Voyage imaginaire en terre amérindienne,

Sophie Koechlin (texte), Véronique Dubois (illustrations), sur une idée originale de Lise Bourquin Mercadé, Uña Ramos (musique et flûtes), Bruno Ulysse Pauvarel (guitares), éditions Kanjil, octobre 2010, 48 pages,  21 minutes.

 

 

 

 

Cet album-CD déçoit par rapport aux albums déjà parus (La reine des poissons, La légende de Chico Rei, Un jour je serai libre…) plus complets, puisque ceux-ci comprennent à la fois un conte, un récit documentaire et de nombreux éléments sur la composition du livre, et surtout beaucoup plus riches de résonances culturelles et esthétiques.


Il n’y a ici qu’un conte beaucoup moins riche, à mi-chemin entre conte véritablement initiatique et récit documentaire, assez artificiel. Sophie Koechlin rend d’abord compte dans ce « voyage imaginaire en terre amérindienne » de certaines coutumes et croyances amérindiennes. Le conte est présenté comme l’histoire qu’une Indienne, Biche Egarée, raconte à Wara (Etoile en aymara), sa toute petite-fille sur sa naissance.
Juan De Sol, le fils du Soleil, est né sur les hauts plateaux andins dans la tribu des Aymaras, est un petit garçon très turbulent. Pour le calmer, ses parents lui offrent une flûte qui le calme instantanément. Au fil du temps, il devient un excellent musicien, très réputé. Il s’isole un soir près du lac Titicaca pour écouter la mission que les Esprits de la Nature veulent lui confier : le lama, le jaguar, le condor et le puma, animaux du Sud, et le bison, l’ours, l’aigle et l’élan, animaux du Nord, l’accompagneront dans un voyage destiné à renouer les liens entre le Nord et le Sud. Juan finit par arriver dans le village de la tribu de Deux Ours. Ce dernier le présente au chaman Aigle Souriant, et organise un grand « pow wow » pour la fête de l’été. Auparavant un « sweat lodge » (tente à transpirer) réunit Juan et le fils du chef pour purifier le village et achever la guérison du chaman. Jeux, danses et chants prolongent la fête. Juan et Biche Egarée, la fille du chaman, font de longues promenades et se marient au début de l’automne. Avant de repartir voir les siens, le jeune homme demande à son épouse de nommer la petite-fille qui naître Wara, de lui conter leur histoire et de lui donner, en gage d’amour, la plume d’une colombe trouvée lors de son départ. Lorsque Wara approche de ses sept ans, elle attend son père qui, elle le sait, viendra la chercher pour l’emmener, avec sa mère, dans les hauts plateaux andins.

Après le conte, l’album présente un lexique des mots et symboles amérindiens qui permet d’élucider le rôle exact du chaman, les croyances au Grand Esprit (Wanka Tank), le sens des cérémonies (danse du Soleil, pow wow, sweat-lodge), la signification des objets (flûte, tambours, plume).

La dernière page donne quelques indications sur les sources d’inspiration de l’auteur et surtout de l’illustratrice.

Si les illustrations aident les plus jeunes enfants à suivre les péripéties, elles ne séduisent pas vraiment. Elles s’inspirent des tissus et peintures amérindiennes dont elles adoptent les couleurs vives : rouge, jaune, vert, violet, bleu canard, bleu clair… Deux techniques sont utilisées : illustrations sur papiers découpés et peintures acryliques sur bois grand format. Les moins réussis sont celles qui donnent à voir de plus près les figures humaines dont les trait sont assez grossiers.

 

C’est la musique qui fait l’intérêt principaldu CD. La voix de la conteuse est certes chaleureuse, mais sa diction est trop monocorde. La musique du flûtiste Uña Ramos, constitutive du récit, est plus variée : elle donne une couleur propre aux différents épisodes. Elle initie à la spiritualité amérindienne. On entend trois morceaux principaux : Dueme Bolivianito, Los Pajaros del Viento, La catedral, qui s’entrelacent avec la narration ou se déploient dans les pauses. La répétition des motifs facilite leur appropriation, mais il est regrettable que l’absence de plages ne permette pas une réécoute ciblée, en particulier du long morceau final.

 

Malgré les importantes réserves émises, cet ouvrage peut être retenu : il constitue une première étape pour découvrir, en famille ou à l’école, une autre culture et réfléchir à l' union entre les hommes d’une part,  entre l’homme et la nature d’autre part.

 

 

Liens

- Présentation de l’éditeur (nombreuses illustrations) : http://www.mondoral.org/spip.php?page=articlesimple&id_article=7108

- Site de l’éditeur : http://www.kanjil.fr/

 

 


 

 

Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu’livre – Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.


http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique196

 

 

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 23:15

 

 

                                                           

                                             L'enfant et la nuit,

Olivier Balazuc (texte et mise en scène), Emmanuel Polanco (illustrations), Franck Villard (musique), Maîtrise de la Perverie de Nantes (chœur d’enfants), Gallimard jeunesse, Hors série Giboulées, janvier 2012, 64 pages, 52 min 29 sec.

 

 

 

 

Ce « conte lyrique », très original, s’adresse à des enfants à partir de 8-9 ans, sans limitation d’âge.

L’œuvre est une commande de l’académie musicale de Villecroze (2008) pour sensibiliser le jeune public à l’art lyrique. Elle a été créée en octobre 2010 au théâtre de Vevey (Suisse), puis en France en janvier 2012. L’auteur, Olivier Balazuc, est à la fois écrivain, metteur en scène et comédien.

 

 

Le livret

Il s’agit d’un conte fantastique à portée initiatique. Il se compose de 7 scènes (chiffre symbolique) et 4 tableaux. Deux enfants, dont la mère est gravement malade, se préparent à dormir. La peur du noir qui s’est installé dans la chambre depuis la maladie de leur mère étreint la petite fille. Son frère Virgile (au nom significatif), lui promet de ramener le jour et sa mère. Il plonge dans les ténèbres.

Il rencontre la cruelle reine de la nuit, Noctilia. Cette ancienne cantatrice qui veut être la plus belle proscrit le rire, créateur de rides. Elle est assistée par le savant Evariste qui rêve de former avec elle un couple mythique. Tous deux traquent les enfants en détresse pour leur arracher les larmes qui composent un élixir de beauté. Mais Virgile oppose à Noctilia la beauté souriante de sa mère. S’il la suit dans son palais de glace, il résiste à toutes les intimidations : sanglots des enfants prisonniers, torture d’un enfant à qui elle arrache les yeux.

La reine l’emmène alors dans le pavillon de chasse de Mister W, « serviteur du grand Capital », « prédateur » de « merveilles, elfes, lutins et fées… ». Loin d’être désespéré, Virgile lui montre tous les êtres rêvés qu’il n’a pu trouver : « le nimbus cagoulophore / Et l’écrapouilleur de moufles / Le traversin constrictor / Et le mygaloptère à pantoufles… ». Vaincu, Mister W se couche aux pieds de Virgile.

Noctilia obtient de l’enfant qu’il assiste jusqu’au bout  à un spectacle donné dans un cirque noir. En présence de la reine et du savant, le clown sinistre, Yorick (nom shakespearien), est contraint de jouer la scène de son suicide par pendaison. Mais Virgile éclate de rire, entraînant avec lui tous les enfants, puis Evariste et enfin Noctilia dont les traits se décomposent. Toutes les créatures merveilleuses sorties du sac de Mister W surgissent et encerclent une Noctilia méconnaissable que fuit Evariste. Tous deux plongent dans le sac du chasseur.

A la lueur de l’aube, Virgile quitte les enfants, Yorick et le chasseur. Désormais ils sauront célébrer la vie et rire. Le jeune garçon qui a mûri peut réveiller sa petite sœur : tous deux voient arriver leur mère.

 

Ce conte confronte à la maladie et à la mort, y compris par suicide. Il peut faire peur et exige des capacités de concentration et de compréhension pour saisir la richesse verbale de l’écriture poétique  et suivre les différentes péripéties de ce qui se révèle être les terreurs nocturnes de la fillette. Mais l’effroi est contrebalancé le caractère comique des dialogues entre Noctilia et Evariste (« Au diable l’Evariste ») ou entre Virgile et Mister W. Et la leçon est résolument optimiste. Virgile franchit victorieusement les trois étapes rituelles de l’initiation, face au couple diabolique, à Mister W et à Yorick, progressant ainsi vers l’âge adulte. La joie, le don de soi, l’amour et l’imagination créatrice triomphent de la cruauté d’une science asservie à la soif de pouvoir personnel, de gloire et d’argent. Le rire triomphe de la peur.

Les enfants d’une dizaine d’années ou plus peuvent être spontanément sensibles ou initiés aux nombreuses références textuelles qu’elles soient explicites ou non : Blanche-Neige (Perrault ou Grimm), Hamlet (Shakespeare), La flûte enchantée (Mozart), Frankenstein (Mary Shelley, La Divine comédie (Dante), Parsifal (Wagner), La môme néant (Tardieu)… 

 

 

L’album

Il peut décevoir car on pourrait s’attendre à un album sur papier glacé aussi somptueux et varié que la musique. C’est en fait sur papier mat le livret de cette pièce de théâtre lyrique dont la première page dresse la liste des personnages et des lieux accompagnés de leur ombre chinoise. Il permet de bien  comprendre quels sont les personnages en présence et de suivre les dialogues ciselés. Les parties chantées en italique se distinguent bien des parties parlées. Quant aux didascalies, elles sont en majuscules.

Les illustrations en noir et blanc avec quelques détails colorés sont en adéquation tant avec le caractère théâtral qu’avec le thème principal. Chaque scène s’ouvre sur une double page qui plante le décor : la chambre des enfants plongée dans l’obscurité, dont les objets ne se laissent deviner que grâce au rai de lumière jaune filtrant sous la porte, le sombre pavillon de chasse avec tous ses trophées, la prison tranchante du palais de glace, le cirque noir, jusqu’au retour dans la chambre inondée de lumière.

Des illustrations en pleine page ou plus restreintes campent les personnages et leur costume (Noctilia en noir avec de longs gants rouges, la chevelure hérissée), ou saisissent des postures très théâtrales croquées d’un trait d’encre vigoureux ou dans un théâtre d’ombres. Quelques gros plans mettent en évidence les objets essentiels, telle la fiole de l’élixir, ou les yeux arrachés à un enfant. Le dessin au trait qui fait penser à la BD souligne l’aspect parodique du livret, plus sensible dans les parties parlées qui établissent un contrepoint avec la partition musicale plus effrayante. Les animaux extraordinaires imaginés par Virgile sont dessinés avec une minutie réjouissante inspirée des anciens bestiaires.

 

 

Le CD

C’est une vraie réussite.

Deux réserves. D’une part des différences de volume rendent difficile une écoute suivie, les paroles de certains passages étant plus difficilement audibles. D’autre part, aucun sommaire n’établit la correspondance entre plages et scènes, et aucun signe au fil du texte ne mentionne le changement de plage. Cela ne facilite pas l’écoute intégrale et surtout l’écoute fragmentée qui est souhaitable pour une véritable  appropriation.

Plage 1 : scène I ;

Plages 2 et 3 : scène II ;

Plages 4 à 7 : scène III ;

Plages 8 à 10 : scène IV ;

Plages 11 à 13 : scène V ;

Plages 14 et 15 : scène VI ;

Plage 16 : scène VII.

 

Ce « conte lyrique » fait alterner chants, dialogue et « sprechgesang »,  parlé-chanté à mi-chemin entre la déclamation parlée et le chant, un apport capital à la musique contemporaine illustré notamment par Schönberg.

Sept solistes interprètent les personnages : la soprano Sandrine Sutter interprète Noctilia et la mère, le baryton Franck Leguérinel Evariste, le ténor Richard  Rittelmann Mister W, le comédien et circassien Basile Dragon Yorick, Jonas Morin Virgile. Quatre instrumentistes les accompagnent au piano et aux percussions. Cinquante élèves de la Maîtrise de la Perveriede Nantes, âgés de dix à treize ans, composent le chœur d’enfants.

L’interprétation traduit parfaitement les nuances de la partition qui joue à la fois avec les ruptures et les résurgences des thèmes liés aux personnages ou aux atmosphères, revenant comme des leitmotiv faciles à retenir (par exemple le lamento du chœur : « Je veux des larmes »). Percussions cinglantes, piano lugubre, trilles menaçantes de Noctilia, airs de tango, de valse… : cette riche palette offre l’occasion d’une bonne initiation à la musique moderne.

Les références musicales, revendiquées par Franck Villard, sont diverses : Puccini, Massenet, Messiaen, Poulenc, Ravel, Kurt Weill …

 

 

Bilan

Cet « opéra pour enfants sur la mort » est présenté par Franck Villard « comme un viatique pour les enfants face au monde désenchanté des adultes ». C’est un spectacle total, riche de multiples résonances mythiques et symboliques, littéraires et musicales, exigeant mais accessible, surtout si un accompagnement est proposé. Ce peut être dans le cadre familial ou au collège et même au lycée. L’ouvrage se prête en effet à une exploration disciplinaire ou pluridisciplinaire 

 

Ce peut être un coup de cœur.

 

 

Liens

- Présentation de l’éditeur : http://www.gallimard-jeunesse.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Hors-Serie-Giboulees/L-Enfant-et-la-Nuit

- Présentation de toutelaculture.com : http://toutelaculture.com/2010/11/l%E2%80%99enfant-et-la-nuit-de-franck-villard-et-olivier-balazuc-un-merveilleux-conte-lyrique-pour-enfants/

- Présentation de Paperblog (avec vidéo sur le spectacle) : http://talent.paperblog.fr/5276391/l-enfant-et-la-nuit/

- Présentation de la cause littéraire : http://www.lacauselitteraire.fr/l-enfant-et-la-nuit-olivier-balazuc-et-emmanuel-polanco

- Présentation de La Croix : http://www.la-croix.com/Culture-Loisirs/Culture/Actualite/L-Enfant-et-la-Nuit-un-opera-lumineux-_NG_-2012-01-30-763753

- Présentation de Angers Mag : http://www.angersmag.info/L-enfant-et-la-nuit-Un-conte-pour-initier-les-enfants-a-l-art-lyrique_a4204.html

- La création au théâtre de Vevey : http://toutelaculture.com/2010/10/creation-mondiale-de-l%E2%80%99enfant-et-la-nuit-au-theatre-de-vevey/

- Interview d’Olivier Balazuc : http://vimeo.com/13797957 

- Vidéos : http://videos.tf1.fr/infos/2012/l-enfant-et-la-nuit-un-delicieux-comte-lyrique-chante-par-des-ecoliers-6969016.html 

 

 


 

 

Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu’livre – Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.


http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique196

 

 

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 22:23

 

                                                           

                                             Coquillette la mauviette,

Arnaud Cathrine et Florent Marchet (texte), Florent Marchet (composition), Aurélie Guillerey (illustrations), Julie Depardieu (narratrice), Jeanne Cherhal, Mathieu Bogaerts, Valérie Leulliot, Artus de Penguern, Raphaëlle Moussafir et Antoine Dezelli (interprètes), Actes Sud, 2012, 48 pages.

 

 

Il s’agit d’un conte humoristique sur l’acceptation de la différence, ici un handicap physique. Les bons sentiments, qui auraient pu rendre l’ouvrage moralisateur, sont contrebalancés par le caractère farfelu et légèrement grinçant de l’histoire et les qualités du style, décalé. Texte, illustrations et interprétation du CD s’accordent parfaitement à cet égard.


Lorsque Malo naît à Monjésioux (le nom suffit à donner l’esprit du livre), sa beauté fait l’admiration de ses parents. Mais le bébé blond aux yeux bleus change très vite : une coquille d’escargot se met à pousser sur son dos, ce qui suscite les sarcasmes de son frère et oblige ses parents à s’adapter, les 213 médecins consultés étant totalement dépassés. Malo est l’objet de toutes les curiosités les plus insolites. A l’école il est vite la cible des railleries et des méchancetés. Il devient « Coquillette la mauviette ». Deux camps s’affrontent : les défenseurs de Malo, dirigés par Nina, et les persécuteurs, dirigés par les frères William. Malo rentre symboliquement dans sa coquille et est tellement malheureux que ses parents l’emmènent chez une psychologue, qui ne résout rien. C’est la compétition annuelle de luge  qui retourne la situation, car le handicap devient l’atout de l’équipage que Malo forme avec son amie Nina : il tombe, mais glissant sur sa coquille, il dépasse tous ses adversaires. Lorsqu’il dédie sa victoire aux frères William, son bon cœur le fait définitivement adopter par tous les enfants.

Récit jouant sur les mots, dialogues incisifs alternent. 5 chansons marquent les principales étapes du récit : Tchernobyl (qui suggère une explication du phénomène), Les frères William, La psy, Malo et Nina, Le plus beau. Ce sont elles qui expriment les réalités les plus cruelles (« Que cet enfant est laid, que cet enfant est moche ! »).


Les illustrations colorées, au trait acéré, fourmillent de détails humoristiques que les très jeunes enfants peuvent explorer avec plaisir : moutons perchés sur les toits, bouquetin de compagnie affublé d’un manteau et de chaussettes sur ses cornes, bocal plein de larmes, professeur de sport arrosant la coquille de Malo pour le faire avancer… Tous les personnages au nez pointu sont campés en mouvement dans le paysage de montagne, le village, la maison et l’école, sans souci de réalisme.


Le CD est savoureux. Julie Depardieu est une narratrice sans pathos. Les dialogues interprétés par une pléiade d’artistes sont vifs et la répétition du commentaire du couple parental à chaque étape fait sourire. Bruitages et musique viennent ponctuer le récit aux moments clés, par exemple lorsque les projectiles frappent la coquille. Les chansons aux interprètes variés sont très rythmées, faciles à retenir avec leur refrains percutants. 


Une façon tout à fait agréable de sensibiliser très tôt à la situation des handicapés, en réalité « autrement capables ». A lire et écouter en famille, dans les structures de loisirs ou à l’école.


Liens
-Présentation de l’éditeur (accès à des illustrations et à une vidéo) : http://www.actes-sud-junior.fr/9782330012076-l-arnaud-cathrine-florent-marchet-aura-lie-guillerey-julie-depardieu-coquillette-la-mauviette-cd.htm

-Présentation (accès à des illustrations et à une vidéo) : http://culturezvous.com/arnaud-cathrine-florent-marchet-coquillette-la-mauviette

-Site d’Arnaud Cathrine (présentation du livre et extrait): http://www.arnaudcathrine.com/

-Site de Florent Marchet : http://www.florentmarchet.com

-Site d’Aurélie Guillerey : http://aurelieguillereysite.free.fr

 


 

 

Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu’livre – Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.

http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique196

 

 

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 19:11

 

                                                           

                                              Peter pan et Wendy

 James Matthew Barrie (texte original), Jean-Pierre Kerloc’h (adaptation), Eric Pintus (récitant), Charles Mingus (musique originale), Ilya Green (illustrations), Didier jeunesse, collection Contes musicaux, octobre 2012, 48 pages, 42 min.

Il s’agit d’une adaptation du texte original de J. M. Barrie publié en 1911. Cette brève adaptation très simplifiée et édulcorée est accessible à de jeunes enfants. Elle reprend la présentation humoristique des parents de Wendy, Mrs Darling et Mr Darling qui compte toutes les dépenses qu’impliquent des enfants, et de la nourrice Nana qui est une chienne terre-neuve. Chaque soir Mrs  vient mettre de l’ordre dans la tête de ses 3 enfants : « C’est fou ce qu’on peut découvrir dans la tête des enfants : des images, des petits gros mots, des bouts d’aventure, des bouts de ficelle, de papier, de chocolat ou de tables de multiplication… et plein de rêves changeants. » Elle y rencontre Peter Pan qui vient chercher Wendy pour en faire sa maman et lui apprendre à voler. On suit leur voyage avec la fée Clochette, qui voudrait s’en débarrasser, jusqu’au pays de Neverland (le pays de Jamais), au carrefour des vents. Y vivent les Garçons perdus, notamment les jumeaux, les Peaux-Rouges et les pirates commandés par le Capitaine Crochet que guette, depuis qu’il a dévoré son bras, le crocodile à pendule. Sur l’île, Wendy raconte des histoires aux enfants et raccommode leurs chaussettes. Une seule grande péripétie est narrée : elle condense en fait le combat de Peter Pan et du Capitaine Crochet au lagon des Sirènes et leur dernier affrontement qui aboutit à la mort du Capitaine. Peter, capitaine de fantaisie, prend alors le bateau de Crochet pour ramener Wendy chez elle : « Bord à babar ! Prenez du riz dans les basses voiles ! Vissez le cacatoès et le perroquet ! ». Il lui promet de venir la voir chaque année, mais l’oublie assez vite. Wendy grandit et oublie aussi Peter. Après elle, ce sera sa fille, puis sa petite fille, qui rêveront un temps de Peter Pan avant de se décider à grandir. 

 

Si l’humour des descriptions, les jeux de mots (« l’admiroir » de la fée Clochette) est conservé, le fantastique et la complexité disparaissent : le voyage de Wendy est clairement présenté comme un rêve lié à l’esprit d’enfance, d’autant plus qu’il ne reste presque plus rien des aventures et des relations avec les garçons perdus. D’où peut-être un avis réservé de certains enfants (expérience faite avec des enfants de 9 et 11 ans).

La fin de l’album fournit quelques informations sur James Matthew Barrie  et l’œuvre originale.  

Peter Pan fait sa première apparition en 1902 dans The Little White Bird (Le petit oiseau blanc). Barrie développe le personnage de Peter pour créer la pièce de théâtre Peter Pan, or The Boy Who Wouldn't Grow Up (Peter Pan, ou le garçon qui ne voulait pas grandir) en 1904. En 1906, la partie de The Little White Bird concernant Peter Pan est publiée seule : Peter Pan in Kensington Gardens. Enfin, Barrie adapte la pièce en un roman publié en 1911 et titré Peter and Wendy, connu actuellement sous le titre Peter Pan.

 

Les illustrations pleine page d’Ilya Green, auxquelles font écho des vignettes montrant les personnages en ombres chinoises, sont pleines de fraîcheur. Elles donnent à voir un Peter Pan très différent de la représentation du petit lutin vert du film de Disney. Les couleurs dominantes sont le bleu et le vert.  Les personnages évoluent au sein de motifs décoratifs, fleuris. Leurs visages ronds, un peu mièvres, peuvent favoriser l’identification des jeunes enfants. Ilya Green marie le découpage, avec beaucoup de motifs collés, comme taillés dans des tissus ou des papiers peints, le dessin et des coups de crayon apparents. Elle refuse de « surcharger  l’image d’éléments narratifs » pour laisser place à l’imaginaire.

 

 

 

C’est le CD qui est le plus intéressant. Le récitant Eric Pintus, de sa voix chaleureuse, donne véritablement vie aux personnages, mettant en évidence, y compris par des silences bien placés, l’humour de l’écriture. Le choix de la musique de jazz de CharlesMingus,original, se révèle heureux. Les extraits musicaux, dont la liste est donnée à la fin de l’album, prolongent le texte, enrichissent les moments de tension ou se développent dans les pauses du récit (ce qui peut impatienter certains enfants). La plupart des morceaux sont répétés. Ils permettent une initiation au jazz.  

 

Bilan
Cet album-CD est donc plaisant. L’adaptation et les illustrations s’adressent à de jeunes enfants qui, en revanche, auront besoin d’être préparés à l’écoute du CD en raison de sa longueur.

Ils peuvent le découvrir en famille. A l’école, il peut être exploré dans un cadre disciplinaire ou transdisciplinaire. Il peut inciter à la lecture d’autres adaptations, à la découverte du film de Walt Disney. Au collège, et même au lycée, il vaut mieux proposer l’œuvre originale de J. M. Barrie et faire figurer cet ouvrage dans une étude de diverses adaptations plus complexes. La publication récente (novembre 2012) d’une autre version musicale beaucoup moins simplifiée aux éditions du Sablier semble dans cette perspective une proposition tout à fait souhaitable. La Bande dessinée de Régis Loisel sur la genèse de l’œuvre de Barrie (6 tomes) est également très intéressante. L’étude peut ainsi déboucher sur une approche du syndrome de Peter Pan.

 

 

Liens

▪ Présentations de l’ouvrage :

- De l’éditeur (accès à des extraits audio et des illustrations) : http://www.didier-jeunesse.com/component/catalogue/?view=article&id=409

- Du blog des Sandales d’Empédocle : http://librairiesandales.hautetfort.com/archive/2011/11/07/peter-pan-et-wendy.html

- De Res Musica : http://www.resmusica.com/2011/12/17/peter-pan-wendy-invitent-charles-mingus/

 

▪ Illustrateur, compositeur, récitant :

– Blog de l’illustratrice Ilya Green : http://ilya-green.blogspot.com ; site :http://www.ilya-green.com/

- Interview d’Ilya Green sur le blog de Croquelinottes : http://croquelinottes.fr/site/les-plus-belles-berceuses-de-jazz-interview-dilia-green-par-sylvie/

- Site de Charles Mingus : http://mingusmingusmingus.com

-James Matthew Barrie publié en 1911

 

Le texte original :

- Article James Matthew Barrie de Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/J._M._Barrie

- Site de Peter Pan de James Matthew Barrie : http://www.sirjmbarrie.com/peter_pan/le_mythe.htm

 

▪ Le syndrome de Peter Pan :

- « Du conte de James Barrie au mythe de Peter Pan », présentation par Catherine d’Humières du livre de Monique Chassagnol, Nathalie Prince et Isabelle Cani, Peter Pan, figure mythique, Éditions Autrement, 2010, 160 pages : http://www.fabula.org/revue/document5721.php

http://www.fabula.org/actualites/article35707.php

- « Peter Pan, le vieil enfant… », Annie Roland dans Le livre en analyse : http://www.ricochet-jeunes.org/le-livre-en-analyse/article/131-peter-pan-le-vieil-enfant

- « Mais qui était le père de Peter Pan ? », article du biographe de Barrie, Jean Rivière dans l’Express (14 .02.2005) : http://www.lexpress.fr/culture/livre/mais-qui-etait-le-pere-de-peter-pan_820275.html

- Le syndrome de Peter Pan sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_Peter_Pan

 

▪ Peter Pan aux éditions Le Sablier

- Présentation : http://www.orchestre-avignon.com/Home/9/Redaction/Fichier/Prn_sentation_du_livre_CD_0.pdf

 

▪ Peter Pan en BD par Régis Loisel chez Vents d’Ouest :

- Présentation sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Peter_Pan_%28bande_dessin%C3%A9e%29

- Interview de Régis Loisel : http://www.bdparadisio.com/intervw/loisel/loisel.htm

 

 


 

 

Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu’livre – Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.

Cette liste, plutôt d’une sélection, est une analyse de la production par un groupe lecture qui se réunit régulièrement. Tous les titres sont repris, ceux que l’on aime et les autres…

http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique196

 

 

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 00:26

 

                                      Monsieur Offenbach à la fête,

  Gilles Avisse (auteur),  Delphine Jacquot (illustrations), Hervé Suhubiette (orchestration et direction), Olivier Saladin (récitant), Orchestre de Pau (musiciens), Gilles Avisse, Caroline Champy, Jean-Pierre Descheix, Isa Lagarde (Chanteurs), Didier Jeunesse, collection Contes musicaux, 2012, 48 pages, 55 min. 

 

Monsieur Offenbach à la fête, Gilles Avisse (auteur),  Delphine Jacquot (illustrations), Hervé Suhubiette (orchestration et direction), Olivier Saladin (récitant), Orchestre de Pau (musiciens), Gilles Avisse, Caroline Champy, Jean-Pierre Descheix, Isa Lagarde (Chanteurs), Didier Jeunesse, collection Contes musicaux, 2012, 48 pages, 55 min.

 

Opéra-bouffe en un acte et un souper pour un récitant, quatre solistes, petit ensemble instrumental et feu d’artifices (le terme opéra-bouffe apparaît sous la plume d'Offenbach pour désigner certaines de ses œuvres lorsqu'il prend en 1855 la direction des Bouffes-Parisiens).

 

Pour initier à la musique d’Offenbach, Gilles Avisse s’inspire d’un épisode véridique : il représente une soirée d’anniversaire offerte par sa femme et ses musiciens à un Offenbach obligé de soigner une crise de goutte. L’arrivée des invités masqués (la Veuve du colonel, Achille, Agammenon, le général Boum-Boum, la fille du bandit...), la présentation des différents mets du repas, divers incidents donnent l’occasion de faire entendre 20 airs plus ou moins célèbres d’un compositeur qui savait également mettre en scène, créer des décors et des costumes. Ils permettent aussi de mieux connaître son caractère de bon vivant généreux et quelques caractéristiques de sa troupe.

A la fin de l’album, on trouve une page sur la troupe d’Offenbach et les auteurs qui composaient pour lui, et une page sur Offenbach lui-même. La 2e de couverture comprend le sommaire qui situe clairement les airs du CD dans les 15 tableaux de l’opéra-bouffe. Quant à la 3e de couverture, elle  donne les références des œuvres dont sont tirés les différents extraits.

Un regret : le texte des extraits n’a pas été reproduit (cela peut faire l’objet d’une recherche documentaire).

 

Les 15 tableaux : La surprise ; La veuve noire ; La concierge emplumée ; La politesse du roi ; Le général explosif ; Le drôle de pistolet ; Le Brésilien ; Le baron affamé ; Le bon major et la bonne majeure ; A table ! ; Le repas ; Le mal de dents ; L’habit craqué ;  La couturière grise ; Final.

 

Les 20 extraits : La Surprise ; La Veuve Noire ; La Concierge Emplumée ; La Politesse Du Roi ; Le Général Explosif ; Le Drôle De Pistolet ; Le Brésilien ; Le Baron Affamé ; Le Bon Major Et La Bonne Majeure ; A Table ! ; Le Repas, Le Menu À Toute Vitesse ; La Soupe Aux Choux ; Le Jambon ; La Poularde ; La Tarte à La Crème ; Les Crêpes ; Le Mal De Dents ; L’habit Craqué ; La Couturière Grise ; Final.

 

Le CD est évidemment le complément indispensable de l’album et il permet à la fois une première écoute de l’ensemble, puis une réécoute fragmentée pour mieux apprécier et connaître les airs en fonction du goût des enfants ou des objectifs pédagogiques.

Le récitant, Olivier Saladin (connu notamment pour sa participation aux Deschiens), interprète avec vivacité et malice les différents tableaux, donnant corps à la fantaisie d’Offenbach. Quant aux extraits, ils sont interprétés par quatre jeunes chanteurs, le ténor Gilles Avisse (auteur de l’opéra-bouffe), la mezzo-soprano Caroline Champy-Tursun, le ténor Jean-Pierre Descheix et la soprano Isa Lagarde, eux aussi pleins d’allant. Ils sont accompagnés par 11 musiciens de l’orchestre de Pau. Hervé Suhubiette a composé une orchestration originale, à la fois facétieuse et respectueuse pour petites percussions et instruments d'appartement (violon, violoncelle, contrebasse, basson, trompette, trombone, vibraphone, xylophone, kazou, flûte à bec, fourchette et saladier). L’objectif de l’ouvrage n’était donc pas de sélectionner les interprétations les plus prestigieuses des œuvres, mais de communiquer le plaisir d’écouter Offenbach et même le cas échéant d’inciter à chanter soi-même.

Le résultat est tout à fait agréable. Les airs les plus célèbres, extraits de La Belle Hélène, de La Vie parisenne, ou de La Grande-Duchesse de Gérolstein , au début du CD, sont propres à motiver l’écoute intégrale. Une certaine lassitude naît lorsque se succèdent - trop rapidement - des airs moins séduisants sur les différents plats du repas, mais les dernières péripéties permettent de renouveler l’intérêt.

 

Les illustrations

Les illustrations, originales, sont en harmonie avec l’univers théâtral et fantaisiste d’Offenbach. Très illustratives, elles aident à suivre l’intrigue. L’album s’ouvre et se referme sur l’ouverture et la fermeture du rideau de scène. Le rouge est la couleur dominante, ainsi que le grenat et le violet, et les étoffes sont toutes très travaillées. L’accent est mis sur les personnages aux visages disproportionnés par rapport au reste du corps. La représentation du musicien s’inspire de ses portraits. Les objets, très variés, prennent également vie : masques, pistolet, cafetière, table, poulet à visage humain… La mise en page, particulièrement soignée, joue sur des effets de surprise tout à fait loufoques : entrée de l’appartement saisie à travers le trou de la serrure, personnages insérés dans la cafetière, multiplication du bras du baron affamé devant un amoncellement de victuailles, french cancan autour de la soupière… De petites vignettes font écho aux illustrations pleine page à droite. S’ajoutent quelques doubles pages.

 

Bilan

Cet album CD plein de gaîté est très réussi et peut séduire les enfants (à partir de 7-8 ans) comme les adultes. Il peut donc réunir toute la famille. Il peut également être exploité au collège et même au lycée, dans un cadre disciplinaire ou pluridisciplinaire : musique, arts plastiques, recherche documentaire. Ce peut être le support de travaux d’écriture (sur le thème du repas), de jeu théâtral, de pratique vocale…

 

Ce peut être un coup de cœur.

 

Liens

- Présentation de l’éditeur (accès à des extraits musicaux et des images) : http://www.didierjeunesse.com/component/catalogue/?view=article&id=446

- Présentation sur soupedelespace.fr (accès à des images) : http://www.soupedelespace.fr/leblog/monsieur-offenbach-a-la-fete/

- Présentation sur sauramps.com : http://www.sauramps.com/avisse-gilles-suhubiette-herve-monsieur-offenbach-a-la-fete-2346852.html

- Extraits sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=2JpdmQ8-WBk les marenelles présentation de la collection ; http://www.youtube.com/watch?v=YGiPcN_plCY le roi barbu.

- Présentation d’Offenbach sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Offenbach

- Un musée virtuel dédié au compositeur français, Jacques Offenbach et à son œuvre, utile pour des recherches documentaires : http://www.offenbachmuseum.com/

- Offenbach Edition Keck : http://www.offenbach-edition.de/FR/media/Libretti.asp

 

 

 

 

 

 

Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu’livre – Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.

Cette liste, plutôt d’une sélection, est une analyse de la production par un groupe lecture qui se réunit régulièrement. Tous les titres sont repris, ceux que l’on aime et les autres…

http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique196

 

 

 

 

 

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 00:09

 

 Fragment d'épopée Touareg. Récit des sables : histoire d'Arrigulan et de  son        neveu Adelaseigh,

  Hamed Bouzzine (texte, narration, musique, harpe), Dimos Goudaroulis (musique et violoncelle), Sophie Auvin (illustrations), Le jardin des mots, collection Les Savoureux, juin 2011, 64 pages, CD de 66 min 22 sec. 

 


Créées en 2007 dans le Doubs, les Editions du Jardin des Mots ont pour ambition « de promouvoir le conte, les histoires et l'oralité, dont la puissance permet d'éclairer notre monde d'aujourd'hui. »
Le conteur Hamed Bouzzine vient de la tribu berbère de Aït ou Moussa dont il veut transmettre la tradition : « […] "la transmission orale est restée la seule garante de la survivance des "Imazighens", les "Hommes libres" »(quatrième de couverture). Le spectacle de ce fragment d’épopée touareg a d’abord donné lieu à un simple enregistrement audio dans les conditions du direct avant de devenir un album CD.

 

 « D’une poignée de sable, nous ferons un commencement de jardin, de tous nos rêves nous avons fait notre ciel... » : telle est la phrase inaugurale du récit, qui entre en résonance avec le nom de la maison d’édition.

L’histoire est longue et complexe et ne peut guère être suivie qu’à partir de 8-9 ans, sans limitation d’âge.

Arrigulan, intelligent et puissant seigneur touareg, accueille trois sages qui lui prédisent que son neveu, Adelaseigh, le tuera et prendra sa place. Dès qu’il apprend la naissance de ce neveu, il le tue. Mais à mesure que grandit le fils d’une esclave de sa sœur né à la même heure que son neveu et que se révèlent ses qualités, il redoute de s’être trompé. Une épreuve de clairvoyance le décide à se débarrasser de cet esclave. Il part donc dans le désert avec celui-ci et son propre fils, qui est son compagnon, pour le faire mourir de soif. Il échoue, et se voit même contraint de marcher derrière l’esclave pour ne pas mourir lui-même de soif.

Arrigulan prépare donc une deuxième série d’épreuves : mener les troupeaux jusqu’au puits de leurs ennemis héréditaires, les Kel Ihagarren, en empêchant les petits de téter leur mère, la jument noire de mettre bas hors du camp, remplir des outres desséchées et donner à boire tout son saoul à la jeune fille à marier. L’esclave ne réussit que partiellement : il ne ramène pas la jument noire qu’il n’a pu empêcher de mettre bas ; il parvient seulement à marquer le poulain d’une étoile au front.

Vient donc la troisième étape du parcours initiatique du jeune homme : il lui faut récupérer le poulain chez les Kel Ihagarren,  et donc d’abord retrouver leur campement dans un délai de treize lunes. La quête se révèle extrêmement complexe et périlleuse, mais Adelaseigh déploie toutes les ressources de sa force, de son intelligence, de ses dons artistiques pour triompher de toutes les épreuves et humilier définitivement les ennemis.

Il peut alors enfin retrouver sa mère, ou plutôt celle qu’il croit être sa mère ainsi que sa véritable mère : celle-ci lui explique sa naissance, la mort de son père, qui a été tué par Arrigulan, et lui donne l’épée paternelle. Arrigulan meurt en le voyant arriver. Adelaseigh prend sa succession. C’est une nouvelle geste qui s’ouvre.

 

Avec le CD de la collection Mythologies, Hamed Bouzzine offrait quelques précisions qui n’ont malheureusement pas été reprises dans l’album. « Actuellement, cette épopée est racontée en Algérie, au Niger, au Mali et en Mauritanie. Dans ces régions pour signifier qu’une personne est intelligente, les gens affirment : « Cet individu est un Arrigulan. Au nord de l’Azawagh, des   pélerinages ont lieu sur la terre où il vécut. Arrigulan un Amenokal, un homme de haut rang. C’est un héros à dimension humaine, un meneur d’hommes. Son neveu est à la fois son successeur et son rival. Arrigulan le soumet à des épreuves initiatiques [on reconnaît la valeur symbolique du chiffre trois] qui le font accéder à son rôle de chef. »
Si cette épopée touareg dépayse, fait découvrir la place et la poésie du désert, la valeur de l’eau, la répartition traditionnelle des rôles entre les hommes et les femmes, donc initie à la diversité culturelle, on y reconnaît aussi les thèmes universels de la filiation, de la transmission du pouvoir, des valeurs de loyauté mais aussi de ruse. 


Les illustrations

On peut regretter, encore plus que pour les autres albums de la collection, non seulement l’absence de couverture rigide, mais aussi un format un peu petit. Un grand format aurait donné plus de force aux illustrations qui auraient ainsi pu être l’équivalent plastique de la force envoûtante de la parole. Ces illustrations aux dominantes bleu et ocre rendent présents les Touaregs perdus dans l’espace du désert et utilisent des collages aux motifs géométriques comme dans les tentes berbères et les tapis berbères. Elles correspondent à la représentation traditionnelle des Touaregs. La mise en page du texte joue sur les couleurs et les tailles de police ; elle aurait pu être plus lisible et davantage clarifier la succession complexe des péripéties.

 

Le CD

C’est le CD qui donne toute sa puissance à l’ouvrage. Il comprend 5 plages qui mettent en évidence la structure du récit et en facilitent l’écoute, qui peut être fragmentée ou reproduite :

Les devins (17’ 49’’) ; Amman (15’ 22’’)  ; Les troupeaux (6’ 35’’) ; La Pouliche (22’ 06’’) ; Epilogue (4’14’’).

Hamed Bouzzine accompagne son récit avec une harpe Gony, un piano à pouce Sanza et un luth maure Guembriyat. Dimos Goudaroulis, musicien grec, l’accompagne pour sa part au violoncelle. Dès les premiers mots, la force de la psalmodie est telle qu’on est envoûté. Aucune lassitude malgré la longueur. Chaque plage a sa tonalité propre, un instrument dominant. Le rythme varie grâce au  développement des dialogues, aux accélérations du récit (par exemple lors de la deuxième série d’épreuves menées de front par Arrigulan). Hamed Bouzzine sait parfaitement varier les intonations : il utilise sa voix comme un véritable instrument de musique. La 4e plage est particulièrement variée et dramatique. Le chant se déploie à plusieurs reprises, notamment lorsqu’ Adelaseigh participe au concours de poésie.

 

Bilan

Cet album CD mérite donc d’être découvert tant dans l’espace familial, où il peut réunir adultes et enfants à partir de 8-9 ans, que dans les établissements scolaires, collèges et même lycées. Il offre une très riche ouverture littéraire et musicale sur l’altérité. Il permet une exploration disciplinaire ou transdisciplinaire (français/histoire/arts plastiques/musique) aussi bien pour comprendre les spécificités de la culture touareg que pour saisir les points communs avec d’autres traditions (les mythes grecs par exemple) ou pour analyser les caractéristiques du genre de l’épopée…

Telle est bien la perspective d’Hamed Bouzzine : « Venant de cette tradition millénaire des conteurs, je suis enfant d’Ulysse, de Sindbad, de Shéhérazade et des chanteurs de "blues" de cette planète. Nous faisons de cet art un art contemporain, un art de la création. Les textes anciens nous interrogent dans la permanence, alors que la forme et la pensée sont toujours évolutives. L’art du récit restera toujours un art de l’instant et de la proximité. »

Les enseignants peuvent s’inspirer des explications données sur le site du Jardin des mots.

 

Liens

- Présentation de l’éditeur : http://www.lejardindesmots.fr/librairie/fr/collection-les-savoureux/70-fragment-d-epopee-touareg.html
- Présentation de Ricochet :
http://www.ricochet-jeunes.org/critiques/livre/43332-fragment-d-epopee-touareg-recit-des-sabl

-Présentation de Takam Tikou : http://www.takamtikou.fr/bibliographies/notices/fragment-d-epopee-touareg

- Présentation de Mollat.com : http://www.mollat.com/livres/hamed-bouzzine-fragment-epopee-touareg-recit-des-sables-histoire-arrigulan-son-neveu-adelaseigh-9782952817639.html

- Hamed Bouzzine : http://www.lessinguliers.fr/spip.php?article38 
- Légendes touareg, Nouvelles éditions latines, Jeanne-René Pottier 

- Contes et légendes touaregs du Niger, Laurence Rivaillé, Pierre-Marie Decoudras : http://books.google.fr/books?id=n2SGrXv4rlcC&hl=fr&source=gbs_book_similarbooks ;

Histoire d’Anigoulan et de son neveu Adelasegh : http://books.google.fr/books?id=n2SGrXv4rlcC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

- Présentation de l’éditeur sur Ricochet : http://www.ricochet-jeunes.org/editeurs-info/editeur/1633-le-jardin-des-mots

- Editions lejardindesmots.fr

 

 

 

 

 

Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu’livre – Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.

Cette liste, plutôt d’une sélection, est une analyse de la production par un groupe lecture qui se réunit régulièrement. Tous les titres sont repris, ceux que l’on aime et les autres…

http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique196

 

 

 

 

 

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 18:34

 

               Comptines de Roses et de Safran - Inde, Pakistan et Sri Lanka,

Chantal Grosléziat (collectage), Jean-Christophe Hoarau (réalisation musicale), Aurélia Fronty (illustrations), Didier Jeunesse, collection Comptines du monde, 2011, 58 pages, CD de 57 minutes

 

 

L’album

L’album comprend 27 comptines, berceuses, chants et jeux de doigts d'Inde, du Pakistan et de Sri Lanka. Les deux premières pages présentent le sommaire (avec l’origine de chaque chanson) et une carte de la répartition des langues : sanskrit (supranational), hindi, ourdou (Pakistan), bengali, rajasthāni, oriya (Orissa), télougou (Andhra Pradesh), tamoul ( Tamil Nadu, Union territoriale de Pondichéry, Sri lanka), singhalais (Sri Lanka), chemnai (Madras), mumbai (Bombay), kolkata (Calcutta).

 

Liste des chansons

1- Lakri ki kathi ; 2- Madhovilokke ; 3- Bhore holo ; 4- Krishna Govinda ; 5- Mâ bâla kâlê ; 6- Khokonne khokonne ; 7- Murugâ ; 8- Nanhikali ; 9- Kâkkâ nari ; 10- Dhin dhin ; 11- Kundudukki ; 12- Munna ; 13- Sri Sarasvati ; 14- Akkar bakkar ; 15- Itikili ; 16- Ganapayya ; 17- Haati ; 18- Djô ; 19- Bhata deli / Bhate di ; 20- Murugan pâdal ; 21- Magê podi târâ ; 22- Sâyntâdammâ sâyntâdu ; 23- Vannâtti pûcci ; 24- Mubaarak ; 25- Shaurobaurno ; 26- Badole gætchhé touti ; 27- Muddugare.

 

Toutes les paroles sont reproduites dans leur alphabet d'origine, transcrites en caractères latins et traduites en français, ce qui facilite l’approche au fil de l’écoute. La partie documentaire est très soignée comme dans toute la collection. Une page d’introduction souligne l’extrême diversité des chansons ; on entend aussi bien un poème (en bengali) de Rabindranath  Tagore, une version tamoule du Corbeau et du renard, une adaptation tamoule de Frère Jacques,des berceuses popularisées par les films de Bollywood (composante la plus populaire du cinéma indien), des rythmes endiablés du Rajasthan, des envolées lyriques pour la déesse Sarasvati, déesse de la musique et des arts, œuvre du poète et compositeur de musique classique de l’Inde du sud Muttusvami Dikshitar(début XIXe siècle)…

 

Trois pages solides (A propos des langues) sont consacrées aux langues, avec un tableau des transcriptions et quelques éléments de prononciation. Dans l’Union indienne l’anglais puis l’hindi (3e langue parlée au monde) sont langues officielles. Il y a 22 langues constitutionnelles dont 7 représentées dans l’album. Le sanskrit, langue indo-européenne supranationale, n’est plus parlée, et subsiste pour des raisons culturelles et historiques. Il reste vivant dans les prières et la liturgie. L’ourdou est un parler hindoustani proche de l’hindi, avec une écriture arabo-persane. Le bengali est la 9e langue parlée au monde, très vigoureuse culturellement. Le râjasthāni est proche de l’hindoustani. L’oriya, langue de l’Etat d’Orissa, a une écriture particulière. Le télougou, langue dravidienne, 3e langue de l’Inde, parlé dans l’Etat de l’Anda Pradesh (à l’est de l’Inde), a emprunté beaucoup de vocabulaire au sanscrit. Le tamoul, parlé dans l Etat du Tamil Nadu (au sud de l’Inde) et dans l’Union territoriale de Pondichéry, ainsi que dans le monde. Le singhalais, langue indo-européenne parlé au Sri-Lanka, est une relativement archaïque des langues de l’Inde du nord.

 

Les sept pages finales (de couleur safran) proposent pour chaque chanson, comme dans les autres albums de la collection, des explications musicales (instruments, rythme, interprétation vocale), historiques, sociales, culturelles, religieuses, qui viennent compléter la courte introduction historique de l’album. On perçoit ainsi mieux à la fois l’existence d’une tradition commune aux trois pays, au-delà des différences linguistiques ou politiques, et les spécificités de chacun d’eux.

L’Union indienne est une mosaïque de cultures et de confessions, l’hindouisme occupant la place prépondérante. Le sacré est présent dans les chansons pour enfants. Ainsi Madhovilokke évoque l’adolescence de Krishna, dieu des bergers ; Murugan pâdal est un poème au dieu Murugan, frère de Ganesh ; les enfants sont comparés à Krishna (Muddugare, berceuse du compositeur du XVe siècle Annamacharya ou Ganesh). Nanhikali, musique du film Sujatha évoque les castes. La nature et les enfants occupent une place majeure.

 

Les illustrations

L’album est relativement décevant, par rapport aux autres albums de la collection et par rapport à ce que l’évocation de l’art indien, pakistanais ou sri lankais peut faire attendre. Certes certains détails sont soignés : les premières pages documentaires jaune safran sont bordées verticalement par une frise. Ce sont d’abord les couleurs qu’Aurélia Fronty a choisies pour créer un équivalent plastique des thèmes et de la richesse musicale des chansons. Outre le jaune safran, le vert profond présent dès la page de garde, dominent les bleus lavande et les roses du titre : indien, violine ou saumon. Ces couleurs éclatent d’autant plus que nombre de pages sont peu décorées, mais elles peuvent ne pas toutes être appréciées. Les éléments purement décoratifs manquent de véritable finesse. Les plus réussies des grandes figures représentent des animaux : corbeau bleu (6), paon (7), éléphant (prière au dieu éléphant Ganesh, Ganapayya)… Les personnages, quoiqu’inspirés de l’art traditionnel, sont moins réussis : les visages notamment (trop ?) peu expressifs maintiennent une distance qui ne semble pourtant pas refléter la dimension spirituelle, sans que les lignes courbes contrebalancent cette impression.

 

Le CD
Si les illustrations ne sont pas véritablement convaincantes, le CD, lui aussi décoré, l’est davantage.  On se laisse facilement emporter par ce voyage sonore. La diversité de la vingtaine d'interprètes, dont Amrat Hussain, Audrey Prem Kumar se marie à celle des chansons. L’interprétation de Mâ bâla kâlê, Nanhikali est particulièrement réussie. Dans la musique indienne, priorité est donnée à la voix que les instruments solistes ou accompagnateurs cherchent à reproduire, avec un système rythmique très complexe (cycle de 3 à 108 temps). Plusieurs chansons reposent sur un jeu virtuose des onomatopées (Madhovilokke, Murugan pâdal. Sur les syllabes sans signification de Dhin dhin se déploie une improvisation rythmique accompagnée au tablâ (2 tambours encordés). Autres instruments (sur lesquels sont données de nombreuses indications) : des percussions aux sonorités très variées : ghatam, mridangam, dholak, idhaka, castagnettes karthal, la flûte bansuri, le sitar, le tampura (sorte de luth à manche long), la guitare le violon, l’harmonium. On se laisse aisément emporter par toutes ces sonorités lointaines et mystérieuses…

 

Bilan

Le CD, les pages documentaires approfondies, notamment sur le plan linguistique, font de cet album CD un outil de choix pour la découverte de cultures lointaines. Il peut être écouté et feuilleté en famille. Il se prête aussi à une exploration disciplinaire et transdisciplinaire de la maternelle (avec les illustrations), au collège et même au lycée (aspects linguistique, social, religieux).

 

Malgré les réserves émises, c’est un bel ouvrage pour tous, enfants et adultes.

 

 

Liens

- Présentation de l’éditeur (accès à des images et à des extraits musicaux) : http://www.didierjeunesse.com/component/catalogue/?view=article&id=408

- Présentation sur Ricochet : http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/44280-comptines-de-roses-et-de-safran

- Présentation des Chroniques de Madoka (accès à plusieurs illustrations) : http://leschroniquesdemadoka.over-blog.com/article-comptines-de-roses-et-de-safran-jeunesse-88555401.html

- Illustrations : http://www.lepasquebeau.com/COMPTINES-DE-ROSES-ET-DE-SAFRAN.html

- Extrait sur You tube et illustrations : http://www.youtube.com/watch?v=Xb-pHKRAjn4

- Site de l’illustratrice Aurélia Fronty : www.aureliafronty.com

- Langues de l’Inde sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_de_l%27Inde

- La peinture de l’Inde sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Peinture_indienne

- La musique indienne sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Musique_indienne ; la musique du Pakistan : http://fr.wikipedia.org/wiki/Musique_pakistanaise ; la musique du Sri Lanka : http://fr.wikipedia.org/wiki/Musique_srilankaise

 

 

 

 

  Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu’livre – Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.

Cette liste, plutôt d’une sélection, est une analyse de la production par un groupe lecture qui se réunit régulièrement. Tous les titres sont repris, ceux que l’on aime et les autres…

http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique196

 

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