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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 00:22

 

 

Mimi Barthélémy adapte un conte traditionnel haïtien, centré sur un personnage mythologique fondamental : la reine des poissons, la femme-thazar, qui comble de bienfaits celui qu’elle aime mais le soumet à son amour tyrannique.

 

Le pauvre pêcheur Lormilis désespère de nourrir sa famille. Lors d’une dernière tentative, il pêche une femme-thazar. Jalouse de son bonheur, et prétextant la maladie, sa femme exige qu’il lui donne à manger la plus grande des femmes-thazars. La reine des poissons se laisse attraper et explique l’avenir à Lormiris. Peu après avoir pris son repas, sa femme mettra au monde deux jumeaux qui se mettront aussitôt en route, chacun avec un chien, une machette et de « l’eau réveillante ». C’est ce qui se produit.

Lorsque Ti Yaya et Ti Yéyé se séparent à la croisée des chemins, ils se promettent assistance en cas de malheur, avertis qu’ils seront par la couleur de l’eau. Ti Yaya rencontre Immacula, la fille d’un roi, qui est promise à un monstre à sept têtes. Il tue ce dernier puis accompagne Immacula chez son père. Apprenant que tous les jeunes hommes du royaume disparaissent, attirés par une mystérieuse étoile bleue, il décide de les secourir avant ses noces. En butte aux maléfices d’un rival haineux, il est vaincu par la Grande Diablesse et ses assistants, qui le découpent en morceaux. Mais Ti Yéyé le secourt et, grâce à « l’eau réveillante », le ressuscite, ainsi que tous les jeunes hommes disparus.  Les jumeaux épousent les deux filles jumelles du roi. C’est en se rendant à leurs noces que Lormiris disparaît dans les flots, rejoignant pour toujours la femme-thazar.

 

Ce conte, d’une relative complexité, s’adresse plutôt à des enfants à partir de 6-7 ans, sans limitation d’âge.
L’album comprend 7 parties :
1 - La version française du conte (22 pages), qui intègre quelques phrases en créole, bien lisible sur fond blanc et abondamment illustrée.

2 - Quelques détails de la vie d’Haïti à découvrir au fil des pages : couleurs de peau des habitants, vêtements, cuisine, arbres... 1 page qui invite à regarder de plus près les illustrations.
3 - La version créole sur fond bleu (plus difficile à lire), sans illustration (7 pages).

4 - Sur fond rose (sa couleur symbolique), l’étendard de la déesse de l’amour Erzulie, à laquelle la reine des poissons est assimilée (2 pages).

5 - Témoignage de Mimi Barthélémy : Pourquoi je raconte La reine des poissons (4 pages). Elle explique les conditions dans lesquelles elle a entendu le conte en Haïti à la Tête de l’eau, dans une enfance fascinée par la mer. Elle le redécouvre dans le recueil Contes et légendes d’Haïti, (Philippe Thoby et Pierre Marcelin, Nathan, 1967), et se met à le raconter, en ayant pris conscience de sa dimension mythique fondamentale, excellent témoignage du métissage culturel de Haïti. La reine des poissons est à la fois issue de la tradition occidentale – elle-même composite – de la sirène et des personnages mythiques afro-caribéens célébrés par le vaudou : la sirène, la baleine, Mami-Wata, la mère de l’eau, Erzulie, mulâtresse aux longs cheveux. La mer est le pont entre l’Afrique et l’Amérique (d’où le thème de la gémellité).

6 - Témoignage de Clémentine Barthélemy : Comment j’ai peint La reine des poissons(4 pages).

Elle explique sa technique de peinture sur soie grâce à des encres de couleurs vives, qui exige une maturation avant une réalisation rapide, pleine de spontanéité, et la longue imprégnation de la peinture traditionnelle qui a été la sienne. On comprend ainsi mieux des illustrations qui dépaysent et leur parfaite adaptation à l’esprit du conte. Ces grandes illustrations à cheval sur 2 pages soulignent le format à l’Italienne. S’y ajoutent quelques vignettes. Les couleurs sont très vives, chatoyantes, symboliques. Une multitude de détails donne l’impression d’une vie luxuriante, sur laquelle règne l’imposante figure de la femme-thazar.

7 - La postface de Gérard Barthélémy (1 page) précise la valeur symbolique de l’eau, génératrice de vie et monde des esprits, et de la reine des poissons.

 

 

Le CD

Il ne comporte qu’une plage correspondant à la première partie du livre : l’enregistrement en 1989 de la version française du conte par Mimi Barthélémy, Becker d’Or de la francophonie d’acteurs, qui l’a fait connaître en France.

La voix ensoleillée de la conteuse, aux multiples intonations, met en évidence toute la saveur du conte, sa magie. La narration assez lente permet une lente imprégnation de l’histoire. L’introduction musicale est brève ; le thème en est repris de manière un peu répétitive au début. Mais à mesure que l’histoire se déploie, la musique prend également de l’ampleur. La belle voix de la chanteuse, Coralie Barthélémy, participe à l’envoûtement progressif.

Deux regrets cependant. Tout d’abord, contrairement aux autres albums CD des éditions Kanjil (voir les présentations de La légende de Chico Rei, Dis-moi des chansons d’Haïti), le CD n’offre pas la version créole du conte. D’autre part il aurait été plus facile de s’approprier toutes les péripéties de ce long conte s’il avait été enregistré sur plusieurs plages.

 

 

Bilan

Malgré ces réserves, l’ouvrage, qui a reçu le prix Charles Cros, mérite d’être découvert par tous, en famille ou dans le cadre scolaire. L’album invite à une véritable découverte de l’altérité, de l’histoire d’Haïti, au-delà du plaisir immédiat du conte ou malgré une étrangeté déroutante pour certains. Cela en fait un outil de choix pour l’exploration à l’école, dans la perspective de l’interculturalité ou de la transdisciplinarité (français/histoire/arts plastiques/musique), à tous les niveaux, depuis l’école primaire jusqu’au lycée même. De nombreuses comparaisons peuvent être faites, comparaisons proposées par les textes documentaires, ou inspirées par d’autres lectures (on pense aussi par exemple au mythe de Persée, à la légende de saint Nicolas).

 

 

Liens

- Présentation de l’éditeur : http://www.contes-et-conteurs.com/spip.php?article7107

- Présentation sur le site de Mimi Barthélémy : http://www.mimibarthelemy.com/index2.php?show=mimilivres&idlivre=54&PHPSESSID=367d6a0edb1ad883c8fb860a7264efd6

- « Pourquoi je raconte La reine des poissons » : http://www.collectif2004images.org/Nouvelle-edition-de-La-Reine-des-Poissons-de-Mimi-Barthelemy_a337.html

- Postface de Gérard Barthélémy : http://www.mimibarthelemy.com/index2.php?show=contes&idconte=13&PHPSESSID=a1f2915d6efe3f683aab83f5fa8bbfda

- Introduction de Christiane Makward (accès à un extrait) : http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/barthelemy_reine.html

- Site de l’éditeur Kanjil : http://www.kanjil.fr/

 

 

 

 

La reine des poissons (Larenn Pwason)

 

Mimi Barthélémy (texte et narration), Clémentine Barthélémy (illustrations), Reynold Henrys (version créole), participation de Coralie Barthélemy (chant), Serge Tamas (guitare) et Carlos Schneider (saxophone), Kanjil, 2010, 48 pages, 32 minutes

 

 

 

Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu'livre - Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.

Cette liste, plutôt qu'une sélection, est une analyse de la production par un groupe lecture qui se réunit régulièrement. Tous les titres sont repris ici, ceux que l'on aime et les autres...

http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique196

 

 

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 19:28

 

   

 

L’ouvrage repose sur un spectacle. Il s’agit d’un conte musical pour récitant et orchestre, très original, complètement loufoque, qui implique la complémentarité entre l’album et le CD, puisque l’orchestre - instruments et musiciens - , est au centre de l’intrigue.

 

Le conte commence en pleine action. Dans un royaume d’opérette, la reine est en train d’accoucher. Le « grand chancelier Dézékerr », qui dirige le royaume et son orchestre, inscrivant tout, notamment « les choses vraiment bizarres […] dans le grand livre des Extravagances », fait jouer « une musique d’accouchement ». Lorsque le bébé – Kofoni – pousse vigoureusement son premier cri, « pas convenable » !, le Chancelier hurle : « Silence ». Depuis, Kofoni est muette. Ses seules amies sont les ânesses Elise et Liza, avec leurs concerts de « bruits étranges ».

Lorsque Wuturi, le joueur de tuba qui aime la princesse et veut devenir roi, vient sous sa fenêtre, Kofoni se penche, tombe dans le tuba, qui l’avale. Rebondissant d’une paroi à l’autre de l’instrument, Kofoni émet un « gazouillis » que répercute progressivement tout l’orchestre.

Wuturi est emprisonné ; Dézékerr part avec les deux ânesses chercher la princesse au-delà de la frontière qui a « peur de tout » et se dérobe. Encore quelques péripéties jusqu’à ce que du piccolo jaillissent Dézékerr et les ânesses qu’avait avalés par la frontière. L’orchestre se révolte contre le Chancelier, et Kofoni, réapparue par surprise, se met à diriger l’orchestre, ne faisant plus qu’un avec lui.

Aucune leçon morale dans ce conte ; seulement un hymne à la musique, à la liberté et à la vie.

 

L’album présente cette histoire extravagante en 13 brefs chapitres : Attente ; Naissance ; Kofoni silencieuse ; Chute de la princesse ; Wuturi ; Gazouillis ; Royales ânesses ; Les gardes-frontières ; Kofoni borde l’orchestre ; Pluie de cordes ; Le rhume du piccolo ; La bête ; Kofoni retrouvée.

Un regret cependant : les courts alinéas qui les composent, l’absence de renvois au plages du CD, n’aident pas à suivre le conte, du moins à la première écoute, malgré les repères que constituent les caractères gras, les majuscules aux moments-clés.

Les iIllustrations sont en harmonie avec l’humour déjanté du texte : géométriques, colorées (le jaune domine), elles dansent dans la page : lignes courbes pour Kofoni et Wuturi, lignes droites pour Dézékerr.

 

Le CD comprend 11 plages, qui ne correspondent pas exactement aux chapitres : Attente ; Naissance ; Frottent pincent frappent ; Une princesse dans un tuba ; Gazouillis ; Les ânesses et les gardes-frontières ; Une ombre dans l’orchestre ; Attrapez la frontière ! ; Le rhume du piccolo ; Un orchestre qui se fâche ; Czardas final.

L’interprétation de Dominique Reymond est excellente : elle fait vivre chaque personnage, rend les atmosphères différentes (douceur de la nuit de Kofoni auprès des instruments, joie débridée avec les ânesses, harmonie de la scène finale…), variant rythmes et intensité sonore.

Elle utilise sa voix comme un véritable instrument, au même titre que tous les familles d’instruments qui composent l’orchestre : bois avec flûte ou piccolo, hautbois, cor anglais, clarinette, clarinette basse, basson et contrebasson, cuivres avec deux cors, trompette, trombone et tuba, timbales et percussions, harpe et cordes.
En accord avec la couleur propre à chaque péripétie et au caractère des personnages, le conte offre une initiation ludique à une grande variété de formes et de styles musicaux : récitatif, scherzo, fugue, choral, tango, habanera, czardas etc. Quelques airs connus – de la Pastorale de Beethoven, de la Symphonie fantastique de Berlioz - se glissent au milieu des compositions les plus modernes. Rien de convenu, de quoi lever les préventions et les appréhensions : les enfants ne doivent pas s’ennuyer, tout en ayant le loisir de se familiariser véritablement avec la musique.

 

 

Conclusion

Cet album-CD peut être recommandé, aux parents, aux médiathèques, aux responsables d’ateliers musicaux, aux enseignants. A l’école, il se prête à une exploitation pluridisciplinaire et/ou transdisciplinaire : recherches sur le conte, le langage (le « travail » de l’accouchement, « Il pleut des cordes ») sur le sens symbolique des personnages et des objets (le tuba « soleil »), sur les instruments, les formes musicales, les « citations » classiques… Il invite les enfants à créer à leur tour.

 

Liens

-Présentation de l’éditeur le chant du monde (accès à 2 extraits musicaux) : http://www.chantdumonde.com/fr/label/fiche_album.php?album_id=471

- Présentation des éditions Tsipka dripka : http://www.tsipkadripka.eu/oeuvre.php?id=14

- Présentation de l’illustrateur sur Ricochet : http://www.ricochet-jeunes.org/illustrateurs/initiale/B/auteur/8152-julien-billaudeau

- Blog de l'illustrateur :  http://julienbillaudeau.blogspot.com/

 

 

 



   

La princesse Kofoni

 

Marc-Olivier Dupin (musique), Ivan Grinberg (livret), Marc-Olivier Dupin (musique), Julien Billaudeau (illustrations), Orchestre national d'Ile de France, Dominique Reymond (narration), Orchestre national de France / Le chant du monde, 2010, 36 pages, 50 min. 

 

 

Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu'livre - Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.

Cette liste, plutôt qu'une sélection, est une analyse de la production par un groupe lecture qui se réunit régulièrement. Tous les titres sont repris ici, ceux que l'on aime et les autres...

http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique196

 

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 19:51

                                                       

                                                        Contes d’Asie,

                               

                         Rue des enfants, 2010, Thomas Tessier (illustrations), 48 pages

 

 

L’album comprend 7 contes traditionnels. On peut regretter que leur origine ne soit pas mentionnée. On peut la trouver soit grâce au texte lui-même, soit par une recherche sur Internet, car tous les textes intégraux s’y trouvent (sites iletaitunehistoire.com, feeclochette.chez.com, conte.biz). Cela peut d’ailleurs être l’objet d’une recherche à l’école.

1 - Le petit chacal et le chameau (Inde)

2 - Le rêve de Tao (Chine)

3 - Le choulame (Mongolie)

4 - Le grand-père qui faisait fleurir les arbres (Japon)

5 - Comment l’eau de la mer est devenue salée (Chine)

6 - Le cruel empereur ou la femme fidèle (Chine)

7 - Le tigre, le brahmane et le chacal (Inde)

Les contes chinois et le conte japonais montrent l’importance de la générosité, de la fidélité et  de la mesure, qui sont récompensées alors que la jalousie et la cruauté sont punies. Outre cette dimension morale prédominante, 2 contes (1 et 5) ont une dimension étiologique, explicite dans Comment l’eau de la mer est devenue salée.

 

Les illustrations modernes reflètent l’équilibre et l’importance de la nature. Elles sont à mon sens un peu trop « sages », statiques. Le texte sur fond blanc orné d’un filet de couleur est très lisible, mais s’adresse à des lecteurs déjà un peu expérimentés, car toutes les pages ne sont pas illustrées.

 

Le CD souffre aussi d’une certaine uniformité de la diction, notamment du premier narrateur masculin. La narration s’entrelace avec une musique orientale relativement convenue.

 

 

Malgré son manque d’originalité véritable, cet album CD peut préparer à découvrir en famille ou à l’école les cultures orientales. En classe, de nombreuses comparaisons peuvent être faites, entre les contes du recueil (le conte mongol et le 2e conte indien), les contes d’autres continents (motifs de l’être humain emmuré pour faire tenir un ouvrage architectural, du choix entre deux chemins, d’autres recueils de contes orientaux…

 

 

Liens
-
Les contes :

            . Le petit chacal et le chameau : http://www.iletaitunehistoire.com/genres/contes-legendes/lire/le-petit-chacal-et-le-chameau-biblidcon_028

            . Le rêve de Tao : http://feeclochette.chez.com/Ailleurs/tao.htm

              Le choulame : http://www.iletaitunehistoire.com/genres/contes-legendes/lire/le-choulame-biblidcon_011

            . Le grand-père qui faisait fleurir les arbres http://www.iletaitunehistoire.com/genres/contes-legendes/lire/le-grand-pere-qui-faisait-fleurir-les-arbres-biblidcon_037

            . Comment l’eau de la mer est devenue salée : http://www.iletaitunehistoire.com/genres/contes-legendes/lire/comment-l-eau-de-mer-est-devenue-salee-biblidcon_013

            . Le cruel empereur ou la femme fidèle : http://www.iletaitunehistoire.com/genres/contes-legendes/lire/le-cruel-empereur-ou-la-femme-fidele-biblidcon_012

            . Le tigre, le brahmane et le chacal : http://www.iletaitunehistoire.com/genres/contes-legendes/lire/le-tigre-le-brahmine-et-le-chacal-biblidcon_035
- Accès à des illustrations sur le blog de Thomas Tessier : http://ttessier.canalblog.com/albums/contes_d_asie/index.html

 

 

 


Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu'livre - Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.

Cette liste, plutôt qu'une sélection, est une analyse de la production par un groupe lecture qui se réunit régulièrement. Tous les titres sont repris ici, ceux que l'on aime et les autres...

http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique196

 

 

 


 

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 00:13
 

 

 

Pinocchio court toujours 

 

, Pascal Mathieu (livret), Romain Didier (compositeur), Flavia Sorrentino (illustratrice), Ensemble orchestral des Hauts-de-Seine, Chœur Curva Via, Les enfants du conservatoire de Courbevoie, ABACABA/Eveil et Découvertes, 2010, 35 pages, 80 min.

 

Pinocchio court toujours, Pascal Mathieu (livret), Romain Didier (compositeur), Flavia Sorrentino (illustratrice), Ensemble orchestral des Hauts-de-Seine, Chœur Curva Via, Les enfants du conservatoire de Courbevoie, ABACABA/Eveil et Découvertes, 2010, 35 pages, 80 min.

19,95 €

 

L’album est beau. Le CD mérite qu’on l’écoute plusieurs fois, car il peut dérouter et/ou décevoir au premier abord. Pour apprécier vraiment l’ouvrage, mieux vaut savoir ce qu’il n’est pas. Il ne s’agit pas d’une adaptation narrative de l’œuvre de Carlo Collodi (XIXe siècle), ni d’un conte musical, mais d’une libre « revisitation » dans des tableaux musicaux qui composent une sorte de comédie musicale plus qu’un « opéra » (appellation de l’éditeur), « une sorte d’opéra bouffe, un recueil de chansons opératiques », dit Romain Didier. Il s’adresse donc à des enfants d’au moins 7-8 ans (sans limitation d’âge), capables d’une écoute prolongée et connaissant déjà bien l’histoire, sinon la version originale de Collodi. La présence d’une « mise en abyme » - Gepetto et la fée bleue chantent leur créateur et leur traversée du temps (« Nous sommes nés d’un même auteur en Italie […] /Le temps qui passe sur nous n’a pas prise […] ») –, ainsi qu’un vocabulaire parfois complexe (Gepetto traite son pantin de « bûche psychopathe »), demande une certaine maturité. C’est surtout le début de l’histoire qui est développé. Le rythme se fait de plus en plus haletant. L’épisode du pays des jouets est également présent mais plus succinctement, et la recherche de Gepetto jusque dans la baleine est réduite. A la première écoute, il n’est probablement pas facile de bien comprendre les paroles de certains interprètes, et l’album n’offre qu’une aide partielle puisqu’il contient seulement une partie des 45 titres chantés et parfois contés que comprend le CD. D’où l’intérêt d’une connaissance préalable de l’histoire.

 

L’essentiel au départ est donc la musique. Il est né d’une commande de l’école de musique de Belfort d’un outil pédagogique pour les écoles de musique, les conservatoires ou les chorales, outil  s’appuyant sur des thèmes universels, l’esprit d’enfance, l’amour filial, la transgression des interdits. Cet outil est devenu un spectacle audio qui a été mis en scène. Avec lui a été créé un site (http://www.pinocchiocourttoujours.com) qui comprend des fonds d’écran, des coloriages, des karaokés, l’accès au téléchargement du livret.

 

C’est sur le CD que les avis sont partagés. Certes les principaux interprètes sont célèbres, à l’exception du jeune Emile Allain : Enzo Enzo (la fée bleue), Pierre Perret (Gepetto), Sanserverino (le Grillon), Jean Guidoni (le chat)…, mais on peut regretter que Pierre Perret n’ait plus ses capacités vocales (quoique ce soit acceptable pour le vieillard), et que, mis à part Sanseverino, ils n’incarnent pas suffisamment les personnages, leurs nuances, leur liberté. Le jeune Pinocchio (de 11 ans) manque de fantaisie.
Tous ces artistes sont accompagnés par l’ensemble orchestral des Hauts-de-Seine, le Chœur Curva Via et les enfants du conservatoire de Courbevoie. La partition est moderne et très accessible, facilement mémorisable, conformément à son objectif. Elle se situe entre chanson et comédie musicale. On peut la juger un peu répétitive, tant dans les reprises en chœur que dans les lignes mélodiques de chaque air, mais cela reste explicable par la perspective des écoles de musique. L’orchestre comprend cordes, cuivres et bois, basson, clarinette, accordéon et percussions. L’ensemble est à la fois tendre, nostalgique,  satirique ou burlesque .

Les illustrations de Flavia Sorrentino, originales, colorées, aux lignes géométriques, sont nourries de la culture italienne. La mise en page est particulièrement remarquable : lieux et objets clés, personnages « batifolent » dans les pages. Les visages sont très importants, loin de tout réalisme, comme dans un spectacle de marionnettes.

 

Bilan

Cet album CD est exploitable non seulement dans les écoles de musique mais aussi pour des chorales en centre de loisirs, en fin d’école primaire, ou plutôt au collège. Le CD et les karaokés sont utiles dans cette perspective. La mise en scène, même d’un seul tableau, est parfaitement envisageable en utilisant aussi le site consacré à l’ouvrage. La scène cocasse de l’auberge avec le menu hétéroclite est particulièrement stimulante pour un travail interdisciplinaire (français, musique, arts plastiques). L’écoute de la version complète de cette œuvre, publiée en 2006 (EMI/Music France ; Abacaba) peut aussi compléter l’étude.

Au collège et même au lycéen cette « revisitation » invite aux recherches au CDI, tant sur le texte original en réalité complexe que sur les illustrations de différents époques, sur les multiples adaptations pour tous les âges, adaptations écrites, cinématographiques.
En famille, il vaut peut-être mieux prévoir une écoute accompagnée, du moins au départ.

 

Liens

- Présentation de l’éditeur Abacaba : http://abacaba.nuxit.net/art_pinocchio/pinocchio.html

- Présentation sur Ricochet : http://www.ricochet-jeunes.org/nouveautes/livre/41172-pinocchio-court-toujours
-Propositions pédagogiques et de mises en scène sur le site des JMF : http://www.lesjmf.org/pdfs/mpyipx.pdf (9 pages, format PDF) (accès à de nombreux sites)
- Site du compositeur :
www.romaindidier.com
- Site de l’illustratrice :
http://www.flaviasorrentino.com/

- La rubrique « Pinocchio » sur Ricochet : http://www.ricochet-jeunes.org/les-heros/heros/63-pinocchio (

- Pour approfondir, consulter le dossier thématique de Lire écrire à l'école 023 (/2004) , p.2-42 : Pinocchio à l'école

 

 


Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu'livre - Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 00:14

 

 

Contes d’Afrique

 

Pascal Boille (adaptation de contes et textes originaux), Amadou Sanfo (narration et musique), Eveil et découvertes, collection Ushuaïa junior, 2010, 48 pages.

 

 

 

4 contes pleins d’humour issus de la tradition orale.

1) L’oiseau extraordinaire (origine non spécifiée) :
La trame narrative est classique. Un pauvre paysan finit par attraper l’oiseau qui ruine chaque nuit son champ aride, mais lui laisse la vie sauve. En échange, celui-ci devient le pourvoyeur de ses richesses. Le jour où l’un de ses fils cède à la curiosité de ses amis et le fait sortir pour danser, l’oiseau se sauve. Poursuivis par un ogre alors qu’ils cherchent à rattraper l’oiseau, les enfants sont sauvés par ce dernier, dont ils ont demandé l’aide en chantant.


2) Un fier cavalier (conte angolais) :
Sorte de conte étiologique humoristique autour de la victoire de l’animal petit et rusé sur le plus fort. L’amitié de deux « galants », Eléphant et Grenouille, est ruinée par les vantardises de Grenouille qui affirme devant un auditoire de belles, y compris la fiancée de l’éléphant, que ce dernier est son « baudet ». Sommé de rétablir la vérité, « Monsieur Grenouille » parvient par ruse à réaliser ses dires, provoquant la rupture d’Eléphant avec sa fiancée.

3) La queue du lapin (conte nigérian) :
Conte étiologique : création par le dieu du Bavenda des différents animaux, autrefois amis, et origine de leurs queues liée à la création des mouches. Si le lapin a une queue minuscule, c’est que, paresseux, il a  été desservi par le renard, surtout pressé de se faire admirer (depuis ils sont « ennemis jurés »). Une morale explicite : « mieux vaut se servir soi-même si on veut être bien servi ».

4) La chenille sans gêne (conte sud-africain) :
La petite chenille velue s’est glissée dans le terrier d’un lièvre et parvient à tromper les animaux les plus puissants, aux noms évocateurs : « Tachebrune la hyène », « Trompenlair l’éléphant »…, simplement en affirmant : « C’est moi, le fils du Très-Long. Je suis un puissant guerrier. » C’est « Grandebouche la grenouille » qui met au jour la supercherie en jouant le même jeu.

 

 

C’est le CD qui est le plus intéressant. En effet Amadou Sanfo est un musicien-conteur issu d’une famille de marabouts-voyageurs du Burkina Faso. Entouré d’enfants et d’adultes de Ouagadougou, il restitue l’atmosphère du conte traditionnel. Il donne vie au conte de sa voix chaleureuse, instaurant une complicité avec ses auditeurs, qui répètent en chœur certaine phrases, complètent des mots, lui donnent la réplique, dans une atmosphère de fête ponctuée de rires enfantins. Son accent comme celui de ses partenaires adultes  ne doit guère gêner les plus jeunes et contribue au dépaysement.
La musique est très présente : préludes aux contes, ponctuation de la narration ou accompagnement discret d’instruments traditionnels, chants constitutifs du conte.

 

L’album est moins convaincant. Outre quelques coquilles regrettables, la mise en page sur fond ocre est compacte, multipliant les petits alinéas : cela ne facilite pas la lecture des plus jeunes ou le repérage des non-lecteurs. Le texte est entouré par un montage de photographies plus ou moins grandes de la faune, de la flore, de masques et d’ombres chinoises qui se détachent sur un fond rouge orangé (trop ?) flamboyant. Ces photos peuvent plaire aux enfants et les aider à suivre les histoires.

 

 

Bilan

L’ensemble est donc agréable (pour un coût limité), facile à écouter en famille dès 3-4 ans. Il offre l’occasion de découvrir un autre continent, d’autres cultures. A l’école ou dans un accompagnement à la scolarité, il invite à des recherches sur les griots, la musique africaine, les différents types de contes, à des comparaisons avec des contes de toute culture sur les mêmes thèmes.

 

 

Liens

- Accès à 4 extraits sur itunes : http://itunes.apple.com/fr/album/ushuaia-junior-contes-dafrique/id370847189

- Présentation de l’éditeur : http://www.eveiletdecouvertes.fr/livres_cd/collection_ushuaia_junior/118-ushuaia-junior-contes-contes-d-afrique.php

- Site d’Amadou Sanfo : http://www.amadousanfo.com/ (biographie, contexte, spectacles, extraits...)
- D’autres interprétations des contes (beaucoup plus plates) sur neo-planete.com : L’oiseau extraordinaire http://www.neo-planete.com/2010/08/23/histoire-a-ecouter-loiseau-extraordinaire-de-pascal-boille/, Un fier cavalier http://www.neo-planete.com/2010/09/29/conte-africain-a-ecouter-un-fier-cavalier-de-pascal-boille/,

 

 

 


Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu'livre - Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.

Cette liste, plutôt qu'une sélection, est une analyse de la production par un groupe lecture qui se réunit régulièrement. Tous les titres sont repris ici, ceux que l'on aime et les autres...

http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique196

 

 

 

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 01:16

 

Cet album CD, chanté par des enfants bilingues, permet de mettre en relation 17 chansons anglaises ou américaines, des Nursery Rhymes aux folk songs, et 14 chansons françaises, et ainsi de sensibiliser ou initier les jeunes enfants à l’anglais de manière ludique.

L’album est très complet d’un point de vue pédagogique et aussi pour une utilisation familiale : paroles, traductions, la plupart des partitions, gestuelles et jeux, explications historiques, conseils pédagogiques (dossier documentaire final : 3 pages de Michèle Moreau sur les objectifs et la construction de l’ouvrage, 9 pages sur chacune des chansons et les traductions dans les deux sens).

Les correspondances sont diverses : thématiques, gestuelles, sonores, visuelles. Aux enfants et aux adultes qui les accompagnent de les explorer.

 

Les titres

Do you ears hang low ; La bête malibête ; The bear went over the mountain ; Skip to my Lou ; Nous n’irons plus au bois ; Bingo ; Mon marronnier ; John Brown’s baby ; Gobida gobidu ; Yankee Doodle ; The riddle son ; Qui peut faire de la voile sans vent ; Rig-a-jig-jig ; La fille du coupeur de paille ; Someone’s in the kitchen with Dinah ; C’est Gugusse avec son violon ; Jimmy crack corn ; A droite, à gauche ; Apples and bananas ; Tous les légumes ; Hush, little baby ; Oh where has my lilttle dog gone ? ; Mon petit lapin ; Short’nin’bread ; Go tell Aunt Rhody ; Le coq est mort ; Five little chickadees ; Cinq mésanges vertes ; Polly-wolly-doodle ; Bonsoir, madame la Lune ; Mister Sun.

 

Les illustrations

Elles sont agréables. L’alternance de deux illustrateurs aux techniques variées, se marie bien au avec le jeu des chansons françaises et anglo-saxonnes.  Celles de Samuel Ribeyron sont plus colorées (couleurs chaudes), parfois plus réalistes. Celles de Charlotte Labaronne, plus géométriques, plus schématiques, se détachent en général sur la page blanche.

 

Le CD

Les chansons sont d’abord interprétées par des solistes puis reprises en chœur, voix adultes ou enfantines mêlées ou alternées. Certaines de ces voix d’enfants me semblent assez désagréables, trop aiguës. L’ensemble est assez entraînant, fait entendre différents accents, dont l’accent américain dans les airs de country. La reprise facilite la mémorisation.

 

 

Conclusion

Cet album CD peut être écouté dès le plus jeune âge. A partir de 3-4 ans, les enfants peuvent se l’approprier par le mime, la danse, le langage… s’ils sont accompagnés par un adulte. Les différents supports sont conçus comme outils pédagogiques destinés aux élèves de maternelle et de primaire. On peut regretter que du point de vue esthétique, ce ne soit cependant pas un très bel ouvrage.

 

Liens

- Présentation de l’éditeur et accès à 5 extraits http://www.didierjeunesse.com/component/catalogue/?view=article&id=50

- Présentation de Samuel Ribeyron sur Ricochet : http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?id=12760 ; son site de Samuel Ribeyron : http://samuelribeyron.ultra-book.com/ ; quelques-unes de ses  illustrations de l’ouvrage.

- Présentation de Charlotte Labaronne sur Ricochet : http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?id=7865

 

 

Les plus belles chansons anglaises et américaines

 

Samuel Ribeyron et Charlotte Labaronne  (illustrations), Cécile Hudrisier (pour les gestuelles), Jeanette Loric (collectage et commentaires), Musiques Jean- François Leroux (arrangements), Didier jeunesse, 2007, collection Les Petits cousins, 57 pages, 50 min.

 


Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu'livre - Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.


Cette liste, plutôt qu'une sélection, est une analyse de la production par un groupe lecture qui se réunit régulièrement. Tous les titres sont repris ici, ceux que l'on aime et les autres...

http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique196

 

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 01:08

 

 

Comptines anglaises. 20 chansons traditionnelles pour découvrir l’anglais


Marion Olivier (traduction), Nadia Bouchama (illustrations), Millepages, 2008, 48 pages.

 

 

 

Cet album CD comprend 20 brèves chansons traditionnelles, dont certaines sont très connues :

Georgie Porgie ; Head and shoulders ; Hey diddle diddle ; Humpty Dumpty ; Hush-a-bye, baby ; Incy wincy spider ; Jack and Jill ; Mary had a little lamb ; Old king Cole ; One, two, three, four, five ; Pat-a-cake ; Rain, rain, go away ; Row, row, row your boat ; Rub-a-dub-dub ; Sing a song of sixpence ; The grand old Duke of York ; The wheels on the bus ; This little piggy ; Three blind mice ; Twinkle, twinkle, little star.

 

L’album présente le texte anglais sur la page de gauche, une traduction librement adaptée  et rimée sur la page de droite. Le CD ne fait entendre que le texte anglais, répété 2 fois pour une meilleure écoute et une meilleure mémorisation. Après chaque chanson sont proposés 7 mots, répétés 2 fois également, précédés ou non de l’article, de la marque de l’infinitif : l’enfant qui sait lire a ainsi le temps de repérer le mot (l’ordre du CD diffère partiellement de l’ordre de présentation dans les 2 pages). L’album propose en outre un petit jeu en français dont le niveau vise les enfants les plus jeunes, de maternelle. Ce peut être l’occasion de faire répéter les mots anglais par les plus grands. En tout, environ 140 mots de la vie quotidienne sont répertoriés dans le lexique final (qui propose la traduction adaptée au contexte des chansons). Il est également proposé à la fin une traduction littérale (intéressante pour les enseignants), avec quelques indications de jeux de doigts.

Placées au centre, à cheval sur les deux pages, les illustrations au trait de couleurs vives, de facture naïve, s’adressent elles aussi aux plus jeunes : elles aident à comprendre le sens, même sans lire le texte.

 

Le CD, après une introduction-mode d’emploi en français, plonge les enfants dans un bain d’anglais. L’interprète est anglaise. Elle chante d’une voix douce. Son interprétation, à mon sens trop sage, ne souligne pas le caractère humoristique des chansons. D’où une certaine lassitude possible, quel que soit l’âge (expérience faite avec un enfant de 7 ans qui n’a pas souhaité prolonger l’écoute pour le plaisir, après une écoute attentive d’une douzaine de titres, pour la découverte linguistique). Une version instrumentale (sans grande recherche) prolonge chaque chanson, ce qui permet aux plus grands de chanter seuls en anglais.

 

Cet ouvrage a un objectif de pédagogie ludique, au détriment de la qualité esthétique probablement : il vise à placer l’enfant, dès 2-3 ans, dans un bain linguistique anglo-saxon, en vue d’une sensibilisation et d’un apprentissage intuitif de la langue. Il est intéressant à ce titre, plus en milieu scolaire ou périscolaire qu’en famille. On peut regretter un certain décalage entre les illustrations et l’interprétation, plus adaptées au cycle 1, et la perspective d’apprentissage du vocabulaire et de la prononciation aux cycles 2 et 3.

 

 

 

Vous pouvez consulter la sélection de livres CD de l’association Croqu'livre - Centre Régional de ressources en littérature de jeunesse.

 

Cette liste, plutôt qu'une sélection, est une analyse de la production par un groupe lecture qui se réunit régulièrement. Tous les titres sont repris ici, ceux que l'on aime et les autres...

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 19:42

 

Yemaya. Voyage musical en Amérique latine

 

Zaf Zapha (réalisation, arrangements et adaptations), Laura Guéry (illustrations), Les petits caméléons de Noisy et d’ailleurs (chansons), Rue des enfants / Tout s’métisse, 2010, 48 pages.

 

 

 

15 chansons traditionnelles ou originales (2) dont la table des matières précise le style. La première donne son titre à l’album : Yemaya est le nom de la déesse de la mer.

L’album se présente comme un voyage à travers l’Amérique latine, occasion de précisions documentaires : les 18 différents pays d’Amérique latine, leurs caractéristiques géographiques, leurs langues (espagnol et portugais au Brésil), les instruments de musique (illustration et bref commentaire), les danses, les fêtes, la cuisine. On peut regretter qu’il n’y ait pas concordance parfaite entre l’ordre des pages documentaires et celui des chansons ou morceaux (ainsi Gaita, le dernier morceau qui évoque la forêt amazonienne et la flûte gaita, est dissociée de la page descriptive). Les textes des chansons sont reproduits dans leur langue d'origine et traduits en français (sauf les 2 chansons françaises, Il était un petit homme en style Havanera, son cubain ; A la claire fontaine en style tango argentin).

 

 

Les illustrations stylisées, de facture enfantine, sont très colorés. Les couleurs chaudes dominent. Elles montrent des personnages saisis dans l’action. Par la mise en page et les actions des personnages, elles sont en accord avec l’invitation à danser que constitue la musique.

 

Le CD

Une vingtaine de musiciens sont réunis autour des voix enthousiastes et entraînantes des Petits caméléons de Noisy ou d’ailleurs. Ces voix d’enfants, malgré leur imperfection et leur timbre parfois trop aigu, emportent par leur vivacité et leur gaieté qui invitent à danser. Quelques artistes interviennent aussi, notamment le Sergent Garcia (Il était un petit homme).

 

Bilan

Cet ouvrage très sympathique peut être lu et écouté en famille dès 2 ans, ou à l’école, étant donné l’ouverture culturelle qu’il donne (point de départ du projet Tout s’métisse), la présence du texte bilingue des chansons, le jeu avec des interprétations sud-américaines et françaises (Malbrough s’en vat-en guerre, Ah ! Mon beau château). Ce peut être un bon support en classe d’accueil des nouveaux arrivants ou en classe de langue à l’école primaire.

 

Liens

- Présentation de l’éditeur : http://www.ruedesenfants.fr/Modules/Presse+/cp1003_yemaya.html  (accès à 2 extraits musicaux)

- Dossier de presse détaillé : http://www.ruedesenfants.fr/Modules/Presse+/Pdf/dossier_presse_dalaka_yemaya.pdf (4 pages, format PDF)

- Le projet de la société Tout s’métisse : www.tsmlesite.fr

 

 


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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 21:28

 

 

La légende de Chico Rei.

L’histoire d’un roi d’Afrique racontée d’après la tradition afro-brésilienne

 

Béatrice Tanaka (texte et illustrations), Mamadou Dioum (version française), Maria Augusta Prodigues (Ecole de Samba, une école de la vie), Martinho da Vila, Ecoles de Samba et balucada (musique), Kanjil, 2008, 64 pages, environ 1 h.

 




Ouvrage publié à l'occasion du lancement de l'année de la France au Brésil et dans le cadre de la convention passée avec le Minas Geraïs dans le Nord-Pas-de-Calais.

L’album comprend 7 parties
    - L’histoire a un fondement historique : destin d’un roi du Congo vendu avec les siens à la mine d’or Encardideira à Vila Rica au Brésil. Il réussit, grâce à son travail et son attitude digne, à se faire libérer par son maître et à racheter la mine qui devint alors prospère. Cela lui permit de racheter tous les siens. Il aurait alors défilé à la Fête des rois de 1747 en costume de roi, accompagné de la musique de son pays  natal, jusqu’à l’église qu’il avait fait construire. On visite toujours à Ouro Preto l’entrée de la mine et l’église. En 1964 fut créé le samba-enredo Chico Rei en l’honneur de ce roi qui sut utiliser la loi coloniale pour organiser une résistance pacifique et solidaire et accéder à une vie libre dans une ville coloniale du Brésil.
L’écriture de la légende est très vivante, facile à suivre même pour des enfants non lecteurs. Pour les jeunes lecteurs, elle est très lisible (mise en page sur fond blanc, police, nombreux paragraphes).
La réalité historique transformée par la légende peut être l’occasion d’une découverte de l’esclavage et de son importance pour comprendre la culture brésilienne.
Les illustrations très colorées aident à bien repérer les épisodes, du départ d’Afrique au défilé vers l’église : lieux, activités des personnages. L’accent est mis sur les paysages luxuriants du Brésil, les costumes chatoyants (qui évoquent plus Salvador de Bahia que le Minas Geraïs et Ouro Preto). Les personnages, aux visages plus schématiques, sont mis en scène comme dans un décor de théâtre.
    - Texte bilingue du samba-enredo Chico Rei.
    - La partie documentaire débute par la création de ce samba-enredo, puis  décrit le fonctionnement d’une école de samba : les couleurs (rouge et blanc pour le Salgueiro qui avait choisi le personnage de Chico Rei, rouge étant la couleur dominante de l’album), la construction des chars.
    - Sous le titre Ecole de samba, une école de la vie, le professeur Maria Augusta Rodrigues, artiste du carnaval, spécialiste des Arts populaires brésiliens, raconte son expérience des écoles de samba et leur préparation du défilé jusqu’au jour du carnaval. Des vignettes en noir et blanc illustrent le texte, notamment une vignette montrant les différents instruments de musique.
L’accent est mis sur le rôle des femmes de la communauté afro-brésilienne dans la transmission de la mémoire et celui des Écoles de Samba, lieu de réunion, de garderie des enfants, de formation à différents métiers et d’éducation des enfants à la patience, à la solidarité.
    - Suit Petit Cahier de Souvenirs de l’Auteur, cahier illustré de petits croquis en noir et blanc, réalisés en 1950 (sur fond jaune). Béatrice Tanaka y rend hommage au peintre Alberto da Vega Guignard qui lui a fait connaître Ouro Preto, et au carnavalesco (celui qui trouve le thème, les costumes et les décors du défilé pour une école) du Salgueiro, Fernando Pamplona, qui lui a raconté l’histoire de Chico Rei en 1965. Elle-même fut carnavalesca de Portela.
    - Version portugaise (du Brésil) de la légende.
    - Version portugaise du texte de Maria Augusta Rodrigues.

Le CD comprend 6 plages
    - C’est le comédien sénégalais Mamadou Dioum qui conte la version française de la légende, d’une voix chaude, dans un style très expressif et légèrement emphatique. La musique s’entrelace avec la narration, à laquelle elle donne toute sa portée, le samba-enredo constituant une sorte de refrain.
    - Le poète et musicien Martinho da Vila, qui incarne le combat des afro-brésiliens en quête de mémoire, chante le Samba-enredo dans sa version originale, aboutissement logique de cette marche vers la victoire.
    - Béatrice Tanaka interprète la partie documentaire (c’est un texte, plus court, de Christian Pouillaude) qui fait écouter l’orchestre de percussion d’une école de samba. Elle laisse chacun des instruments qui le composent se déployer lorsqu’elle les énumère.
    - Puis Martinho da Vila conte la version brésilienne de la légende de sa voix très grave, sur un ton très mesuré.
    - Version portugaise de la partie documentaire par Maria Augusta Rodrigues.
    - Nouvelle interprétation du samba-enredo a capella par Geraldo Babaõ, le créateur de 1964.

Conclusion
Un album très riche, tant dans son aspect narratif, récit d’une légende, que dans les aspects musicaux et documentaires (bon rapport qualité/prix). L’originalité de l’ensemble est d’être entièrement bilingue, tant le CD que l’album. Cela en fait un outil de choix pour l’exploration à l’école, dans la perspective de l’interculturalité ou de la transdisciplinarité (français/histoire/arts plastiques/musique), à tous les niveaux, depuis l’école primaire jusqu’au lycée même, selon que l’on met l’accent l’une ou l’autre des parties de l’ouvrage. En famille, on peut y goûter le plaisir de la lecture et l’écoute d’une musique très entraînante qui invite à découvrir l’Autre, l’histoire de l’esclavage, en même temps qu’il invite à chanter et à danser.

Liens
- 3 présentations :
    . bibliosurf.com : http://www.bibliosurf.com/La-Legende-de-Chico-Rei
    . sfl-lebel : http://www.sfl-leblog.com/index.php?sujet_id=10703
    . bonjourbrasil.com : http://www.bonjourbrasil.com/livres-bresiliens-parutions-bresiliennes/351-qla-legende-de-chico-reiq-beatrice-tanaka
- Vidéo de la légende de Chico Rei : http://www.mondoral.org/spip.php?article6159
- Compléments documentaires sur la réalité historique du personnage, la mine , le creuset des cultures, le Salgueiro : http://www.arara.fr/note_chico.pdf (8 pages, format PDF)
- Site de l’éditeur Kanjil : http://www.kanjil.com/

 


 

 

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 23:45

 

Poupée de sucre

 

Jihad Darwiche (texte et narration), Farshid Shafiey (illustrations), Parviz Abolgassemi (narration en persan), Lirabelle, collection Contes de Perse, 2008

 

 

 

Le conte

Un ogre amateur de jeunes filles appétissantes prend l’apparence d’un beau jeune homme en quête d’une épouse pour satisfaire ses besoins. Chirine, une jeune fille intelligente mais pauvre se laisse séduire, mais dès qu’elle arrive dans la montagne, elle comprend la situation. Elle utilise donc la ruse : elle obtient que l’ogre nettoie la vaisselle avant la nuit de noces. Epuisé par la tâche, l’ogre, s’endort. Il trouve au réveil une poupée de sucre à l’image de sa femme, la dévore avec délectation puis sort. Le manège dure sept jours. Lorsque le sucre manque, Chirine est contrainte de révéler la vérité, mais l’ogre a appris à aimer le sucre. Dès lors les époux peuvent vivre heureux.

A la fin de l’album, Jihad Darwiche donne d’intéressantes indications sur le sens de ce conte initiatique dont différentes versions permettent de saisir la portée. Il s’agit de l’accès à la véritable humanité, à l’amour, sous la direction d’une femme. Chirine, grâce au mets symbolique qu’est le sucre, joue le même rôle que la courtisane Enkidou dans l’épopée de Gilgamesh, Shéhérazade dans Les Mille et une nuits. La fin montre aussi sa signification étiologique : présent aux enfants de poupées en sucre ‘orge lors des fêtes.

 

Les illustrations

L’illustrateur iranien est reconnu dans l’édition des livres pour les enfants, qu’il peut facilement séduire. Les illustrations au trait en pleine page sont très stylisées et modernes. Les personnages et les objets  sur fonds de couleur permettent au jeune enfant non lecteur de suivre les péripéties. Pour les jeunes lecteurs, le texte est très lisible : gros caractères sur fond beige. Il s’accompagne de dessins au trait complétant le récit.

 

Le CD bilingue

Il constitue vraiment un complément très riche. On peut regretter que l’album ne présente pas le sommaire des 5 plages : Yek-Hamoumi (plage musicale), version française contée par Jihad Darwiche, reprise de Yek-Hamoumi, version persane contée par Parviz Abolgassemi, Soufi-Nameh (plage musicale).

La narration de Jihad Darwiche peut dérouter, du moins au début, mais le charme opère. Il est intéressant de noter la différence entre la version écrite et la version orale : emploi du passé composé, tournures plus simples. L’écoute de la version persane permet aussi de deviner des différences de style et d’apprécier une façon de conter très différente. On peut regretter l’absence de commentaires dans l’album sur ces plages musicales, les instruments utilisés de même que sur le persan.

 

 

Bilan

L’ensemble peut être écouté avec plaisir par des enfants dès 5-6 ans, et lu par de jeunes lecteurs Au-delà de la pure lecture et audition plaisir, une exploration accompagnée peut être faite, dans les centres de loisir, à l’école, même au collège et au lycée : travail transdisciplinaire, interculturalité, le genre du conte. Ce peut être l’occasion de recherches intéressantes au CDI, de l’élaboration d’un document d’accompagnement complétant les deux pages documentaires finales. Une comparaison peut notamment être faite avec Le géant de Zéralda de Tomi Ungerer.

L’ouvrage est de qualité, comme les autres albums des éditions Lirabelle.

 

 

Liens

- Présentation de l’éditeur (accès à des illustrations) : http://www.lirabelle.fr/livre.php?id=164

- Présentation de Ricochet : http://www.ricochet-jeunes.org/critiques/livre/38180-poupee-de-sucre

- Site de Jihad Darwiche : http://www.mondoral.com/spip.php?rubrique97

- Site de l’éditeur Lirabelle : http://www.lirabelle.fr

-Présentation du Géant de Zéralda : http://lajoieparleslivres.bnf.fr/masc/Integration/JOIE/statique/univ/interfaceschoisies/Ungerer/rubrique_createur_3raisons_geant.html

 

 

 


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